Colette savait manier les caractères les plus intimes des plantes et des animaux, le vivant devenait un véritable générateur de métaphores. J’ai essayé de démonter quelques-uns de ses subtils mécanismes de construction. Le miracle de Colette consiste en une clarté perpétuelle.
Qu’une femme ressemble à une sauterelle, l’une de ces sauterelles qui ont une tête de cheval mecklembourgeois, n’a rien d’obscur. Qu’un jeune garçon ait des yeux pelucheux comme la fleur de l’ageratum n’a rien d’hermétique.
Les femmes, les hommes, les plantes et les bêtes de Colette vivent dans une harmonie formidable et toutes leurs forces se rejoignent spontanément pour se répondre et s’associer.
J’aime Colette. Ses personnages de papier m’ont sauvée de l’adolescence. Ils sont vivants, savent vivre. Ses personnages sont à son image, une battante, qui se relève tout de suite et qui repart. Adolescence, c’est comme si elle m’avait dit : " Secoue-toi, bouge, crée ta chance. "
Quand on lit Colette, on n’est plus seule, on est habitée par Colette. L’écriture de Colette c’est la résultante de toutes les expériences humaines. C’est une femme qui pousse à vivre, à aiguiser sa curiosité, à tout tenter, tout vivre à fond, tout boire, même si c’est un peu amer. Elle finissait parfois ses lettres à ses amies par : " Je t’espère pleine d’appétit et même d’appétits. "
Ses images littéraires et ses comparaisons tournent (presque) toujours autour de la Faune ou de la Flore. Contrairement à un écrivain qui va utiliser un dictionnaire des synonymes, Colette puise plutôt ses images dans les livres botaniques et c’est ce qui fait la spécificité de son écriture et de ses images. Les images qui lui viennent spontanément à esprit, ses références, son imaginaire sont complètement animaux et végétaux. Alors j’ai voulu lui consacrer un essai : Colette Comme une Flore comme un zoo. Un répertoire des images du corps chez Colette. J’ai collectionné les citations et les images comme je faisais avec ma collection de timbres quand j’étais enfant.
Même en dehors de cet essai, j’ai peu écrit qui ne soit inspiré de Colette. Mon roman intitulé Elle ferait battre les montagnes, l’histoire de cette petite fille dont la chevelure est quasiment magique, est inspiré de Colette enfant, qui avait des cheveux longs jusqu’aux chevilles. Mon livre raconte l’histoire d’une enfant séduisante qui fascine son entourage par " les boucles poignantes de ses cheveux ", c’est une petite déesse de chair, de moelle et d’eau fraîche, jusqu’à ce que les chasseurs et une balle perdue ne gâchent la fête.
Le jardin clos contient aussi des citations de Colette. Je lui ai piqué cette comparaison : " des roseaux pelucheux comme des dos d’oursons. " C’est l’histoire d’un jeune SDF qui vit dans un jardin public et sa vie est rythmée par les amours des chats, les cycles de la Nature, il est un dieu païen de la nature captive des villes.
Et puis La patience sauvage, qui commence ainsi : " Les arbres étaient pour la plupart des chênes, et quand je venais pour les vacances, en juillet, leur écorce était grasse de lessive. Leur tronc moussait. A peine arrivée je voulais toujours laver les arbres. " Je me demande ce qu’en aurait pensé Colette !
Grâce à cet essai, j’ai fait la connaissance de l’un de ses héritiers, Foulques de Jouvenel, avec lequel je me suis liée d’amitié. Il m’a emmenée au Musée Colette, à Saint-Sauveur, il m’a fait entrer dans le jardin de Colette, le vrai, et, fétichiste comblée, je me suis même assise " à la proue du radeau de travail " de Colette au cours du tournage du documentaire dans lequel je l’ai présentée, pour La Cinquième !