On lui faisait mettre un chapeau de paille orné d’une cerise fêlée. La fêlure, on pensait qu’elle était une ligne naturelle du fruit, une raie obligatoire étant donné la rondeur et le potelé de la cerise, mais si l’on regardait mieux alors on pouvait se rendre compte que la cerise était d’une matière plastique que le soleil avait fondue et refondue. Elle avait fini ainsi, ombiliquée et pourvue d’une longue raie d’abricot.
En vérité, si on lui posait ce chapeau sur les cheveux, même les jours où le soleil paraissait seulement sous forme de gloire entre les nuages, c’est qu’ils avaient entendu dire, tous, dans la maison de campagne, le cousin David et puis son grand-père et enfin Tatie, sa grand-tante, tous avaient lu que …
J’ai peu écrit qui ne soit inspiré de Colette. Mon roman intitulé Elle ferait battre les montagnes, l’histoire de cette petite fille dont la chevelure est quasiment magique, est inspiré de Colette enfant, qui avait des cheveux longs jusqu’aux chevilles et si lourds qu’elle en avait mal à la tête et au cou. Mon livre raconte l’histoire d’une enfant séduisante qui fascine son entourage par " les boucles poignantes de ses cheveux ". C’est une petite déesse de chair, de moelle et d’eau fraîche, jusqu’à ce que les chasseurs et une balle perdue ne gâchent la fête.
J’ai entamé cet ouvrage juste après mon essai sur Colette. J’étais gorgée d’images de chevelures impitoyables, fantastiques, reptiliennes. Il fallait que je m’en débarrasse dans un récit que je voulais léger, diaphane et seulement tissé de cheveux, comme certains objets magiques, à la fois fragiles et ensorceleurs. C’est un conte, m’a-t-on souvent dit. Et cette idée me plaît.
Elle ferait battre les montagnes, Libération, 15 janvier 1998
"Un plomb, non pas dans la cervelle, mais sur la tête d’une petite fille, chasse celle-ci du paradis…"
La petite fille aux cheveux d’or, par Georges Guitton, Ouest France, 1er février 1998
"Et Régine Detambel tire le cheveu soyeux de son récit avec du sensuel et du cruel, des images insolites, des choses de l’enfance, un sens du tragique et une voix singulière…"
Enfance de l’écriture et écriture de l’enfance, par Pascale Haubruge, Le Soir, 11 février 1998 (Belgique)
"Le court roman laisse fuir son sujet sans frémir. L’écriture semble mener la danse et imposer au sens ses oscillations poétiques. Régine Detambel charme son lecteur de page en page. Elle s’invente un langage qui glisse et s’offre au lecteur par vagues impressionnistes…"
Régine Detambel enfance, amour et mort, par Eve de Castro, Le Figaro, 12 février 1998
"C’est une histoire à pas de loup, l’air de rien, placide et implacable. Une promenade d’enfance, d’amour et de mort, dont la musique caresse comme une brise et dont le message glace comme un couperet…"
Le phénomène Detambel, par Roger Bichelberger, Le Républicain lorrain, 15 février 1998
"A sept ans, avec ses cheveux nimbés d’or, elle apparaît à tous comme une sorte d’ange…"
L’enfant et l’écrivaillon, par Dominique Bannwarth, L’Alsace, 16 février 1998
"Une petite fille aux cheveux d’or — la tête de l’enfant était un terrain de jeu pour le soleil — cristallise la douce musique quotidienne d’une famille. Sorte d’enfant-roi autour duquel s’articule la vie, de façon quasi hypnotique. Jusqu’au jour où un plomb de chasseur vient ricocher sur ce jeune destin…"
Naissance et mort, par Jérôme Coutellier, La Marseillaise, 20 février 1998
"Comme écrit au ralenti, ce court texte, d’abord léger, devient tragique. Lourd du silence, des jeux interdits et de la mort qui rôde, la petite flamme virevoltante s’éteint, l’amusement devient terreur…"
Vertige des mots, par Sylvie Béal, Nice Matin, 1er mars 1998
"Ce qui séduit en elle, c’est sa pétillance, son appétit pour le mot et l’écriture, pour leur histoire, pour ce qui les rend drôles, étonnants, riches. Ce qui étonne en elle, c’est cette étrange fascination pour les romans qui soulignent la cruauté de l’enfance et de l’adolescence…"
L’enfance de l’art, par Dominique Fernandez, Le Nouvel Observateur, 5 mars 1998
"Ecrivain des micro mondes (Le Jardin clos, La Verrière), Detambel a cette fois encore réduit son champ de vision. Cent vingt-cinq pages sur les cheveux …"
Sortilèges de l’écriture, par Pierre Kyria, Le Monde, 6 mars 1998
"Moins roman que fable, Elle ferait battre les montagnes s’applique à recréer ces instants magiques de l’enfance où la menace affleure l’innocence. D’une écriture minutieuse, poétique, de constats allusifs en résonances symboliques, Régine Detambel desssine, avec une préciosité savante, un jeu de piste dont l’enfant reste la figure emblématique, vouée à être répudiée…"
La fraîche Régine Detambel , Liberté de l’Est, 18 mars 1998
"… un sujet fragile et délicat, d’autant plus poignant que l’élément dramatique s’insinue en catimini au fil des pages…"
Régine Detambel : l’enfance et l’écriture, par Marianne Vanhecke, La libre Belgique, 2 avril 1998
"On suppose donc qu’un souvenir personnel est à la source de cette trop brève existence d’une petite fille que guettent au ralenti les soubresauts d’une balle de chasseur…"
Elle ferait battre les montagnes, par Jean Pache, 24 heures, 21 avril 1998 (Suisse)
"Elle était une petite déesse de moelle, de chair et d’eau fraîche…"
La forteresse de phrases, par Chantal Thomas, Critique, novembre 1998
"Comme dans le film de Pasolini Théorème, la séduction, lorsqu’elle commence d’agir, ne souffre pas d’exception. Ainsi, la petite fille, après avoir séduit Martin et Tatie, subjugue son cousin adolescent…"
Régine Detambel : les secrets de fabrique, par Daniel Martin, La Montagne, 3 janvier 1999
"Elle ferait battre les montagne, qui est dans le genre romanesque ce qu’elle a fait de plus périlleux et de plus abouti (…) Elle sait comme personne charpenter des histoires sur l’essentiel, comme elle dresserait des ponts au-dessus du vide, pour donner le vertige à des lecteurs qui s’en trouvent à jamais chamboulés. Parce que pour elle, lire ou écrire n’a rien d’un loisir, d’une demande d’évasion et d’oubli, mais tout d’une aventure avec ce que cela sous-entend de périls, d’épreuves et de découvertes sur soi, sur le monde…"