Lorsque Ferenc et Natacha furent réunis pour la dernière fois dans la chambre d'hôpital qui portait le numéro 828, tout ce qu'ils pouvaient voir depuis la fenêtre était un parking, presque désert, et une bétonnière qui avait la forme et la couleur d'un éléphant de cirque. C'était l'heure du déjeuner. Ferenc essaya de manger mais dut retirer de sa bouche un morceau de pain à peine marqué du bout des dents. Seul son estomac le rejetait, car son visage avait l'air d'avoir très faim et d'être déçu. Natacha s'assit avec précaution sur le bord du lit et toucha l'oreille de Ferenc. Il se remit à mâcher. Puis, de nouveau, il cracha. Assise sur le bord du lit, Natacha détourna la tête
La Chambre d'écho me porte depuis plus de dix ans. J'avais envie d'écrire une histoire d'amour virtuelle. J'ai toujours été fascinée par la voix, donc par les histoires d'amour au téléphone (j'en ai vécues d'extraordinaires). Au fond, le support technologique importe peu, le noyau est toujours le même : en l'absence de chair, c'est la voix, la webcam, la pellicule, le pixel ou l'écriture qui prennent en charge toute la sensualité & le sexe. Moi, j'ai choisi l'écriture & la voix. La Chambre d'écho est un hymne à la voix (voix au téléphone, voix sur le divan, etc.), qui fait partie du corps, qui est même une version très impalpable & extraordinaire du corps. Je suis fascinée par le corps. Je n'ai cessé d'écrire sur le corps : dans Le Ventilateur, dans Blasons d'un corps enfantin, dans La Ligne âpre même, où je raconte la poétique de nos os. Quel mystère que la corporalité de la voix !
Ferenc et Natacha forment un très jeune couple. Lui est condamné par la maladie. Il quitte Natacha sans laisser d'adresse pour consacrer désormais son existence à son étrange et impitoyable maîtresse : la maladie. S'il ne veut plus revoir sa femme, il se réserve tout de même le droit quasi seigneurial de lui téléphoner quand il le désire, lui. Du coup, il la soumet, il la réduit en esclavage par la sonnerie du téléphone. Relation ombilicale. Il leur paraîtra peu à peu inconcevable de raccrocher le téléphone. Ils vivent ensemble, par combiné interposé. Ils s'émerveillent. Chaque nuit, ils se possèdent par la voix. Mais cette relation régressive, trop fusionnelle, est étouffante pour Natacha.
J'ai tenu à revivre, presque heure par heure, la dépendance, la souffrance de la solitude chez une adulte sidérée par un coup dur. A vingt-huit ans, Natacha, qui n'avait connu que Ferenc, va prendre des amants. Elle repassera par les mêmes affres que les adolescentes, mais luttera, pied à pied, au moyen d'une psychothérapie. Parallèlement elle reprend ses études aux Beaux-Arts, expose et réussit où Ferenc avait échoué par paresse, par timidité ou par peur de gagner.
La Chambre d'écho est un hymne à l'indépendance & à l'émancipation des femmes (& des hommes, car cette situation est réversible). Comment se libérer des chaînes du couple ou de la famille quand on se sait appelée à une carrière artistique?
Deviens ce que tu es ! Voilà le message enthousiaste que je souhaite transmettre à mes lecteurs.
Régine Detambel signe "La Chambre décho" : un homme disparaît, Le Figaro, 17 août 2001
"Régine Detambel aligne avec régularité ses livres, abordant avec talent tous les genres (romans, essais, livres pour la jeunesse, nouvelles
). Avant danimer des ateliers décriture près de Montpellier, elle fut kinésithérapeute. Ce qui explique peut-être sa passion pour lanatomie, pour la chair. Dans La Chambre décho, un corps dévasté par la douleur ravage deux existences : celle du malade et celle de sa compagne. Natacha et Ferenc se sont rencontrés aux Beaux-Arts. Depuis ce jour, ils ne se sont plus quittés. Mais Ferenc tombe très gravement malade. Se sachant condamné, il choisit de disparaître. " Ferenc était parti, exactement comme les hommes courageux vont à la guerre, mais il ne voulait pas de Natacha. " Elle, en revanche, veut toujours de lui. Le départ de lhomme quelle aime et quelle désire encore malgré sa déchéance physique va conduire Natacha à se réfugier dans la création et à être indifférente à tout ce qui nest pas son art
"
Une phonie douce, par Dominique Durand, Le canard enchaîné, 22 août 2001
"Après tout, chaque couple vit comme il lentend
"
Rentrée littéraire : une, première, Madame Figaro, 25 août 2001
"Son mari, atteint dune maladie incurable, disparaît et ne communique plus avec elle que par le téléphone
"
Les voix antérieures, par Hugo Marsan, Le Monde, 31 août 2001
"Régine Detambel insère un surprenant récit dans ce qui était déjà un grand roman damour. La perfection de son travail décrivain métaphores subtiles, images vives, phrases décapantes, décryptages cruels explose dans ce dialogue tendu au-dessus de la mort. Le titre du roman trouve sa raison dêtre. La voix devient chair
"
La Chambre décho, par Pierre-Robert Leclercq, Le Magazine littéraire, septembre 2001
"
et sans doute y a-t-il là une réponse au mystère de ce curieux amour qui nous vaut un bien singulier et attachant roman de la renonciation et de la fidélité
"
Thérapie charnelle, Prima, septembre 2001
"On aime lécriture juste et belle de ce roman de passion et de chair
"
Mon corps ce héros, par Catherine Argand, Lire, septembre 2001
"
comment un jeune mari condamné par la maladie décide de ne plus communiquer autrement que par téléphone avec son épouse. Il devient une voix. Ne veut plus lui donner autre chose de son corps
"
En quête de liberté, par Agnès Vaquin, La Quinzaine littéraire, 1er au 15 septembre 2001
"La véritable saveur de ce livre passionné est liée au rôle primordial du corps dans ce processus. Les signaux quil envoie portent la marque de la violence et de la confusion, mais une certaine manière de les accueillir, si maladroite et tâtonnante soit-elle, permet à Natacha de ressusciter
"
Femmes libérées, par Jacques Lindecker, LAlsace, 3 septembre 2001
"
Natacha est tremblante et belle à voir évoluer. Ferenc et Pascal sont, somme toute, les deux faces du même homme : lennemi dans le miroir."
La chambre décho, par Xavier Houssin, Point de vue Image du monde, 5 septembre 2001
"Régine Detambel guide sa Natacha pas à pas, au-dessus de labîme. Vers lautre rive. Là où les sentiments séclairent. Où le passé compris sert de base, de socle au lent travail des jours neufs à construire. Tout un art dexister. Nous, doucement, on séveille du livre. On relève la tête, on frissonne. Et on est éblouis
"
La libération de Natacha, par Jacques Moran, LHumanité, 6 septembre 2001
"Cest lhistoire dune libération qua écrit , de celles qui fleurissent sur des ruines
"
(à lire lien site lHuma)