Nous n’avions pas de jardin, mais un patio. Le mur plissait et se ramollissait parce que sa peinture fondait, jour après jour, sous l’effet de l’humidité. Je recevais parfois, sur le dos, un long lambeau bleu, élastique et flasque autant qu’un lézard du matin, qui glissait dans mon encolure. Plus tard, ma mère ramassait ces mues en les décollant du sol avec un racloir.
C’est le lavoir qui entretenait la moisissure et l’humidité dans notre patio. Je l’appelais le lavoir mais ce n’était qu’un baquet gris, un récipient immense et rectangulaire, plein d’eau de pluie, une cuve de béton qui m’arrivait à hauteur d’oreille…

C’est une histoire d’enfance, à hauteur d’enfance. Tout ce qui s’y passe, c’est la narratrice, âgée de neuf ou dix ans, qui l’entend (malgré le chuchotement prudent des adultes quand ils parlent de la mort ou d’un kidnapping) et le voit (à travers le verre épais de ses lunettes de myope) et le sent (avec toute cette extraordinaire puissance réceptive de l’enfance).
Trop-se-mêle a disparu, la camarade de jeux de la narratrice a disparu un soir, elle n’est pas rentrée de l’école. Tout le quartier est sur les dents. La narratrice sait quelque chose qu’elle ne comprend pas…
C’est René de Ceccatty qui m’a commandé ce livre pour la collection Haute Enfance, chez Gallimard. Nous avons longuement, âprement parlé. Je ne voulais pas écrire sur l’enfance. Je déteste la promiscuité des membres de la famille dans l’enfance. Je ne voulais pas non plus parler des coups, ni des lunettes de myope. René m’a convaincue qu’il faut justement transformer, par l’écriture, les expériences insoutenables que nous avons vécues. Jusque-là joueuse et presque formaliste, je faisais là l’expérience des vertus thérapeutiques de l’écriture. Et se révélait ce que je soupçonnais : en me soignant, j’aidais les autres ! C’est probablement à partir de ce livre, qui marque le début de mon époque Gallimard, que les lecteurs, et surtout les lectrices, m’ont confié leur enfance, leurs souvenirs toujours tus. J’entrais dans la maturité. J’étais enfin digne de confiance…


Survivre à l’enfance, par Pierre Lepape, Le Monde, 13 mai 1994
" Elle regarde, elle mesure, elle fouille, elle constate, avec une attention et une précision de myope… "
 
" Trop-se-mêle " a disparu,
par Daniel Martin, La Montagne, 19 juin 1994
" Une parfaite réussite qui vient confirmer qu’après s’être patiemment imposée, Régine Detambel fait désormais partie des auteurs sur lesquels il faut compter… "
 
La Lune dans le rectangle du patio,
par Nathalie Crom, La Croix, 20 juin 1994
" Un récit bouleversant… "
 
Les madeleines de Detambel,
par Thierry Guichard, Le Matricule des Anges, n°8, juillet-août 1994
" La maîtrise d’une narration funambule qui reste toujours sur le fil de la suggestion nous rive à cette histoire dont on se moquerait presque tant nous émeut ce qui justement n’est pas l’histoire… "
 
L’enfance éclairée,
par Jean Debernard, Midi Libre, 11 mai 1995
" Qu’est devenu Trop-se-mêle, la camarade de jeux ? Sa disparition remplit la première page des journaux… "
 
Les yeux ouverts,
par Achmy Halley, Révolution, 16 juin 1994
" La prose de Régine Detambel est comme une petite musique discrète et lancinante pleine de larmes rentrées et de sourires insolents… "
 
La Lune dans le rectangle du patio,
L’événement du jeudi, juillet 1994
" La forme du récit s’accorde parfaitement au mode du souvenir : trente très courts chapitres, révélateurs des errements de la mémoire… "
 
Une enfance avec Trop-se-Mêle,
par Pascale Frey, Lire, juillet-août 1994
"Régine Detambel décrit ces petits riens qui tissent le quotidien avec une lucidité et un détachement parfois cruels propres à l’enfance… "
 
Aux deux bouts du fil,
par Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 6 août 1994
"Régine Detambel poursuit son obstinée exploration d’un temps d’enfance où l’on chercherait en vain la trace d’un vert paradis… "
 
La lune dans le rectangle du patio,
par Geneviève Bergé, La Cité, 11 août 1994 (Belgique)
" Detambel, on la lit pour le style… "

La messe et la chasse aux papillons !,
par Marianne Dubertret, La Vie, 3 novembre 1994
" L’enfance hante les écrivains, elle les fascine et les fait prisonniers. Elle les captive. Pour la dire, il faut savoir lui échapper… "