Sur la moquette claire, laine mouillée de taches de fraîcheur en triple auréole parfaitement concentrique, chaque aiguillée se détache et se ramifie avec une prestigieuse netteté. Une bobine bleue a roulé, s’est défaite, comme sous la griffe attentive d’une chatte. La boîte à couture, copie d’une antique malle corsaire, vernie, s’adosse à la bibliothèque.
Coline a disposé, contre les reliures de l’encyclopédie, toute une panoplie de bobines vides ; en minces colonnettes les a empilées. Certaines sont mâchonnées et portent la morsure insistante d’une canine ; les plus allongées semblent faites de quelque matière fluide ou friable, soudain durcie puis trouée, çà et là, par l’obstination de…
La modéliste est une jeune femme, Coline, amoureuse des tissus, des fibres et des matières. Couturière, arpette ou petite main, elle dessine, crée et coupe : son but, son souci, sa vie, c’est la robe Fantaisie qui représentera sept ans de travail…Le tissage, la couture, la broderie sont des travaux cruels et marquants. Le travail de l’aiguille n’est pas si loin d’ailleurs que celui de la plume. La brodeuse inscrit son ouvrage dans la douleur de son corps : les mains brûlées, la bouche gercée, les yeux blanchis, la peau écorchée par la machine à coudre. Tout de même, Coline a créé une robe merveilleuse. Reste à trouver qui la portera. De là, une histoire d’amour féerique entre Coline et une lycéenne, Frédérique, mannequin condamné à revêtir la robe magique. Symbole de beauté, rêve de perfection, métaphore de l’attente et du désir…
L’écrivain est proche des tissages, des étoffes, des matières et même des coups d’aiguille. Mon message : regardez bien le genre des mots que j’ai utilisés dans ce roman. Tous les substantifs sont féminins, pas un seul masculin. Je voulais voir, ou plutôt entendre, la musique spécifique de l’exclusivement féminin. On parle beaucoup d’écriture féminine, je m’y suis consacrée… à la lettre !
La Robe Fantaisie, toile d’araignée, par Paule Constant, Revue des Deux Mondes, septembre 1990
" Rien n’est plus beau et plus cruel que ce travail de l’aiguille et de la plume que la brodeuse inscrit dans la douleur de son corps, jusqu’à ce que devenant – les mains brûlées, la bouche gercée, les yeux blanchis, la peau écorchée – la mémoire parfaite des gestes et des beautés de la jeune fille, bref la Robe Fantaisie de son amour, la robe magique brûle et ne soit, comme à la fin des contes ou des rêves, qu’un petit tas de cendres… "
Une broderie exemplaire, par Pierre-Robert Leclercq, Magazine Littéraire, septembre 1990
" Avec une écriture à la fois souple et de cette rigueur qui fait les perfections, Régine Detambel a le talent, à partir d’un fait peu ordinaire, de fixer les images de la vie de tous les jours et de tout le monde… "
La Modéliste, par Jacques Garat, Vendredi, 28 septembre 1990
"Il y a un cas Detambel. N’avait-on pas vu, l’année dernière, débarquer sans préavis sur notre scène littéraire aux rôles bien répartis, cette dérangeante romancière inconnue…"
La Modéliste, Le Quotidien de Paris, 3 octobre 1990
" 1990 est une bonne année pour Régine Detambel trois romans coup sur coup, dont les deux premiers lui ont valu les honneurs d’Apostrophe en janvier dernier… "
Des mots en dentelle, par Mia Romero, Midi Libre, 3 octobre 1990
" De la broderie remarquable, une histoire d’amour entre une robe quasi magique et une femme, Frédérique, condamnée à la revêtir… "
Une étrange robe d’amour, par Bernard Comment, L’Impartial, 5 octobre 1990 (Suisse)
" Le tout est mené avec une grande maîtrise, dans un défilé visionnaire où chaque phrase compte, où chaque mot trouve sa nécessité… "
Régine Detambel une styliste au talent raffiné, par Reine Bud-Printems, Le Figaro Magazine, 20 octobre 1990
" Couturière, arpette ou petite main, l’héroïne de cette histoire froisse et relisse les étoffes d’un amour ancien et toujours impayé… "
La Modéliste, La Liberté Dimanche, 20 octobre 1990
" Symbole de beauté, rêve de perfection, métaphore de l’attente et du désir, une robe est tout cela et peut-être plus encore… "
La Modéliste, par Françoise Ducout, Elle, 21 octobre 1990
"Régine Detambel poursuit son exploration d’un monde regardé au microscope, d’existences parallèles, réservées croirait-on, à l’étude de l’entomologiste, qui se laisse prendre au vertige de l’infiniment petit devenant un univers immense… "
La Modéliste, Prima, 21 octobre 1990
"Un roman fort et beau ; un écrivain d’une grande originalité, révélation du printemps dernier…"
Haute couture, par Jean Debernard, Midi Libre, 22 octobre 1990
"Et puis cet amour des mots, cette gourmandise à les dénicher, à faire se rencontrer ceux qui ne s’étaient jamais vus, cette volonté de les frotter l’un à l’autre pour qu’il en jaillisse, silex du style, une étincelle fulgurante… "
La Modéliste de Régine Detambel, Chance !, octobre 1990
"Un roman délicieux et sensible qui ne pouvait être écrit que par une femme…"
La Modéliste, France Soir, 8 novembre 1990
" Sept années durant, Coline a travaillé à son chef-d’œuvre… Coline a créé une robe. Ce court roman est à déguster…"
La Modéliste, par Michèle Gazier, Télérama, 15 au 21 décembre 1990
" Il y a quelque chose de féerique dans ce court récit, le troisième publié de Régine Detambel. Il était une fois une jeune femme et son amour des tissus, des fibres et des matières… "