Les cylindres rouillés, les cames, les bielles, les tiges, tous les viscères creux ou pleins du moteur mis à nu, visité, confèrent à la rotative des Nouvelles Imprimeries Caldon, désaffectées depuis mars 1986, l’aspect d’un formidable écorché. Elle occupe toute l’aile gauche du hangar, forçant, sous l’influence de sa masse, une douzaine de véhicules de levage dont certains ont versé, inutilisables, miniaturisés par le contraste, à une modestie décuplée. Comment ne pas l’imaginer libérée de son socle – caisson que j’appréhendais comme un étouffoir, un intolérable bâillon – oscillant, suspendue dans le vide…

C’était un mois de janvier extraordinaire. Le 5 janvier 1990, pléthore ! Les éditions Julliard, sous l’égide de Christian Bourgois & Elisabeth Gille, publiaient le même jour quatre textes de moi, en deux livres, et je passais à Apostrophes ! Il y a des jours comme ça…
Dans
L’amputation, il y a donc deux textes. Celui intitulé L’amputation est un roman ou un récit étrange, onirique. Dans une imprimerie désaffectée, à Marseille, vivent trois sculpteurs, un peintre et une lectrice. Le héros est Delarc, l’un des sculpteurs. La main droite de Delarc est littéralement dévorée, une nuit, par le bloc de diorite qu’il rêvait de faire vibrer, dérisoire Prométhée soudain enchaîné à son chef-d’œuvre…
C’est le récit de Delarc, qui promène son chef-d’œuvre à bout de bras, prisonnier de sa création. Métaphore, évidemment, de ce qui se passe pour tout créateur. Un jour, le créateur et sa création ne font plus qu’un : la pierre devient chair et réciproquement… Cela m’est arrivé, avec les livres et j’aime à dire que je suis une femme de papier…
Le deuxième texte s’intitule Table des manières/Exemples. Jérôme Lindon, qui fut le directeur des éditions de Minuit, avait beaucoup aimé ce texte, mon tout premier. Mais il m’avait demandé d’écrire un roman d’abord, me précisant bien (et on sait – qu’on le déplore ou non – combien il avait et a toujours raison) que seul le roman a une chance aujourd’hui de faire connaître son auteur. Table des Manières/Exemples est une sorte de déclaration d’amour, ironique, à l’écriture. Mon auteur est complètement sous influence (Queneau, Quignard, Perec, Sarraute…), une sorte de Bouvard & Pécuchet aussi.
Œuvres de jeunesse !


Régine Detambel une " pro ", par Mia Romero, Midi Libre, 3 janvier 1990
" Elle veut créer sa propre écriture, ce tout jeune auteur sera l’invité d’Apostrophes, vendredi 5… "
 
Régine Detambel : s’inspirer d’autres écrivains, par Bertrand de Saint-Vincent, Le Quotidien de Paris, 3 janvier 1990
" Dans ce récit étrange, le créateur et sa création ne font plus qu’un, la main du sculpteur est pétrifiée, la pierre devient chair et réciproquement… "
 
Les années ’90 : la confiance règne !, par Pierre Maury, Le Soir, 4 janvier 1990 (Belgique)
" Régine Detambel inaugure son œuvre en fanfare… "
 
Une révélation chez Pivot !
, par Jérôme Garcin, L’Evénement du Jeudi, 4 au 10 janvier 1990
" La main droite du sculpteur inspiré qui a squattérisé l’aile des Nouvelles Imprimeries Caldon a été dévorée, pendant la nuit, par le bloc de diorite qu’il rêvait de faire vibrer, dérisoire Prométhée soudain enchaîné à son chef-d’œuvre… "
 
Éloge des écrits brefs, par Michel Braudeau, Le Monde, 5 janvier 1990
" Autant qu’à Roussel, Queneau et Perec, on pense au cinéma très littéraire de Peter Greenaway… "
 
Régine Detambel : L’exploration des possibles
, par Michèle Bernstein, Libération, 11 janvier 1990
" Dans une imprimerie désaffectée, à Marseille, vivent trois sculpteurs, un peintre et une fille de langage. Retours en arrière et relatives : c’est jeunesse mode d’emploi. D’un certain sommeil, le sculpteur de pierre se réveille, un morceau de diorite attaché à son bras… "
 
L’Amputation, de Régine Detambel
par Henry Bonnier, La Dépêche du Midi, 21 janvier 1990 & Le Méridional, 14 janvier 1990
" Amateurs de littérature, fous de mots imprimés et de pages arrachés, acquérez L’Amputation et L’orchestre et la Semeuse. Puis rentrez chez vous, tirez les rideaux, faites en vous le vide, façon zen, et allez-y ! Etonnements, plaisirs, ravissements garantis ! "
 
À quoi reconnaît-on un écrivain ?, par Jean-Paul Goux, La Quinzaine Littéraire, 1er au 15 février 1990
" On sait qu’un écrivain, là, a commencé une expérience qui durera pour lui autant qu’il y aura d’encre et de papier au monde… "

L’Orchestre et la Semeuse, L’Amputation, par Françoise Ducout, Elle, 5 février 1990
" Régine Detambel affirme sa rage d’écrire, l’originalité de ses thèmes, une vision de l’art exigeante… "
 
Le sillon magique,
par Houssine Ouggourni, Politis, 8 au 14 février 1990
" C’est un souffle nouveau, une veine qui se refuse à toute classification… "
 
Quatre offrandes,
par Pierre-Robert Leclercq, Le Magazine Littéraire, mars 1990
" On ne peut mieux dire pour inciter l’amoureux de littérature à se faire l’hôte de Régine Detambel… "
 
Régine Detambel : un talent prometteur,
par Monique Verdussen, La Libre Belgique, 29 mars 1990
" Les deux premiers livres de Régine Detambel sont accueillis par les éloges les plus flatteurs… "
 
Récits : L’Amputation,
Prima, avril 1990
" Ayant enfoncé son bras dans la cavité creusée d’un bloc de pierre, un sculpteur ne peut l’en sortir. Prisonnier, il devra porter éternellement ce poids étranger, désormais prolongement de son corps… "
 
L’Amputation,
Lu, avril 1990
" Une luxuriante rêverie sur la volonté propre que parfois les choses opposent à ces modestes créateurs que sont les hommes… "
 
Naissance d’un écrivain,
Femme actuelle, 7 juin 1990
" Quatre textes insolites dans un style surprenant… "