Avant et pendant les années mil neuf cent soixante-dix, nous étions pensionnaires dans une ville du nord de la France. Nous quittions, le dimanche soir, la maison de nos parents. Nous les retrouvions, le samedi suivant, avec la hâte d'aller de nouveau nous abriter dans notre chambre (parfois belle), en tous cas notre vraie, notre chambre originelle.
Alors les stalles alignés du dortoir étaient reléguées de l'autre côté de nos mémoires.
Le samedi, à onze heures trente, la Quatrième orange, classe des pensionnaires, était tout entière assise sur le trottoir. Onze heures passées, samedi, nos cartables contenaient de grands cahiers sales, à carreaux.

J’ai connu en effet les pensionnats religieux, la sixième verte, la cinquième jaune et la quatrième orange. Pourtant, je suis toujours un peu agacée par l’idée reçue que ce qu’a vécu l’écrivain est plus intéressant que la vie de celui qui n’écrit pas. Ecrire permet simplement de vivre " davantage ".
Certes, mes livres croissent à partir de germes autobiographiques : " L’écrivain n’est jamais que le nègre de l’enfant qui a déjà tout vu " disait Georges Perros lui-même, mais Cendrars, à qui un ami demandait s’il avait pris le Transsibérien : " Quelle importance puisque je te l’ai fait prendre ".
L’enfance est pareille pour moi, quand je la raconte dans un livre. Entre Perros et Cendrars, entre le nègre et le hâbleur. Et puis, au fond, tous mes livres sont mes biographies pour ainsi dire : c’est ce que je vis et pense de tout mon corps, de toute mon âme au moment où j’écris. Les souvenirs, ça n’existe pas. Ce n’est pas un dépôt qui serait stocké dans la mémoire, c’est mon champ d’action, de bataille, par l’écriture et la psychanalyse (à ce jour, 14 ans de psychanalyse !)
Écrire c’est travailler beaucoup avec des images invécues, des images que la vie ne prépare pas mais que l’écrivain crée par l’ouverture du langage… A propos, une clé d’or de La Quatrième orange : si l’héroïne s’appelle Saligia, c’est que chacune des lettres de ce nom est l’initiale d’un des sept péchés capitaux en latin ! Un diable au pensionnat !


Cirque mortel, par Michèle Bernstein, Libération, 27 août 1992
" Ce roman n’est pas une variation sur le vert paradis des innocences enfantines… "
 
Le scalpel Detambel
, par Florence Sarrola, Le Monde, 4 septembre 1992
" Tout le roman s’articule autour d’un drame annoncé dès le début du récit : la mort de Saligia… "
 
Rentrée des classes,
par Michèle Gazier, Télérama, 16 septembre 1992
" Ecrit à fleur de mots, à fleur de souvenirs de jeunesse, La Quatrième orange est d’une implacable dureté, une marche vers la mort qui, telle un point d’orgue, fixe à jamais ces blessures anciennes qui n’en finissent jamais de cicatriser… "
 
Passions mortifères,
par Gérard-Humbert Goury, Magazine Littéraire, octobre 1992
" Un collège religieux, des sœurs vêtues de noir et interchangeables, possédant cette dose indispensable de sadisme tranquille propre à tout éducateur… "
 
La littérature du grain de sel,
par Paule Constant, Revue des Deux Mondes, octobre 1992
" L’observation est la force littéraire de Régine Detambel, tous les détails comptent, la topologie du couvent, l’anatomie du dortoir et du réfectoire, mais aussi chaque objet, un tabouret, le téléphone, qui sont des indices. C’est au milieu d’un montage près de ressembler à celui d’une maison de poupée, que Régine Detambel investit le minuscule et donne à la littérature du grain de sel, cruauté infime et infinie, sa plus jolie image… "

Dortoir des petites,
par Gabrielle Rolin, L’Express, 1er au 7 octobre 1992
"Avec une férocité méticuleuse, Régine Detambel a épinglé tout vifs les secrets de l’adolescence, nous livrant au passage les clés du dortoir, de la cantine et même des cellules, où les religieuses cachent leur mystérieuse féminité… "
 
Les enfants d’abord,
par Françoise Ducout, Elle, 5 octobre 1992
"Que se passe-t-il donc quand les enfants de 13 ans cessent d’être les " stars " de leurs dortoirs et ne sont pas remarqués, aimés, comme ils le désirent ? "
 
Une classe d’adolescentes,
par Agnès Vaquin, La Quinzaine littéraire, du 16 au 31 octobre 1992
"La Quatrième orange est une classe d’adolescentes, pensionnaires dans une institution religieuse, provinciale et cossue. Une légende court dans la pension, d’une élève qui se serait tuée ou suicidée. Saligia se propose d’entrer également dans la légende…"
 
 Régine Detambel danse avec la mort,
par Bertrand de Saint Vincent, Le Quotidien de Paris, 28 octobre 1992
"On ne quitte pas le livre sans déchirure. Une belle pureté de style accompagne le sacrifice d’une enfant trop frêle…"
 
Sur la douleur de grandir
, par François Salvaing, Révolution, 29 octobre 1992
" Régine Detambel trouve, de livre en livre, sa voix. On admire dans La Quatrième orange comme dans Le long Séjour la rigoureuse pureté d’une sonate… "
 
La Quatrième orange,
par Gérard-Humbert Goury, Biba, novembre 1992
"Extraordinaire ouvrage sur l’ambiguïté des destins, analyse en profondeur d’un huis clos où l’âme seule brûle, ce roman, d’une écriture sèche, a l’élégance des classiques, tout en se réclamant, ô combien, de la modernité contemporaine…
 
"La Quatrième orange" ou la prévenance qui tue
, par Monique Verdussen, La Libre Belgique, 19 novembre 1992 (à lire)
"Elle a du ton, du nerf et un regard décapant. Régine Detambel, à l’école de la pitié, met le doigt où ça fait mal…"
 
La pitié étouffante,
par Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 4 décembre 1992
"La propension contemporaine à faire le bien des gens sans eux, malgré eux ou contre eux…"
 
Un pensionnat trop tranquille,
par Pierre Maury, Le Soir, 6 janvier 1993
"Régine Detambel n’utilise pas de grands mots. Même le drame prend sous sa plume les couleurs familières du quotidien…"