Alors j’ignorais que ma barbe s’épaissirait tellement qu’il faudrait la tailler avec des tessons. Que mon oreille entendrait les puces chuchoter dans les poils courts, qui repoussent, sur l’échine du chat. Alors je ne connaissais pas le pouvoir des bulbes de tulipes et des oignons de glaïeuls que je caressais désormais. J’enlève la boue qui les alourdit, je les allume contre mon ventre, comme un écolier une vraie pomme rouge, et je me les promène sur la peau jusqu’à ce que je les arrose. Les bulbes de dahlia ont la douceur d’un gland sec. Ceux des iris sont plus tendres, mais ils suintent. Patrick m’a enseigné ces gestes-là, au début, quand j’étais seul et qu’il n’avait pas de temps pour moi.
Reclus volontaire, un jeune homme de dix-neuf ans vit dans un jardin public. Depuis le jour où, brutalement confronté à sa lâcheté, il a assisté, impuissant, à l’agression de son amie Elsa, il est devenu l’otage du jardin, séparé, par ses grilles de fer forgé, des grandes cités adultes. Loin de ses parents, de la société qui ne lui a pas appris le courage, il s’expose aux dures lois du jardin, de ses saisons, de ses métamorphoses. Retour à la nature et à ses enseignements cruciaux. Il se retire pour une mue étrange, une retraite douloureuse, une initiation, un apprentissage du monde.
Le jour, il est tout occupé de plantations fétiches et d’artisanats bizarres, de rituels qui lui rappellent Elsa et leur histoire d’amour. Ils étaient étudiants en histoire de l’art, alors il reconstruit, en miniature, le temple d’Abu Simbel… La nuit, il vit en compagnie des autres clochards et des chiens. Il y a là Patrick, homosexuel, et Sandrine, avec qui il partage les caresses, le froid, la chaleur, et des moments de suprême bonheur…
Condamné d’enfance, par Marie-Laure Delorme, Magazine Littéraire, septembre 1994
"Régine Detambel semble écrire mot à mot, page à page, tant son écriture est juste, son histoire maîtrisée. Aucune concession, aucune facilité. Tout est aride, difficile, à vif. Et la fin, terrible…"
Enfermement : Régine Detambel et le jeune homme du "Jardin clos", par Pierre Maury, Le Soir, 7 septembre 1994
"Dans la fusion avec le monde vivant que nous foulons à chaque instant sans même nous apercevoir de son existence,Régine Detambel, par l’intermédiaire de son personnage, atteint un sommet que bien peu d’écrivains ont tenté de conquérir. Chez nous, un Savitzkaya a, avant elle, réussi ce véritable tour de force de nous rendre sensible un univers aussi complexe. Il va de soi que cette comparaison est pour nous une manière de saluer comme il se doit un roman particulièrement réussi…"
Du clochard au rédempteur, par Joël Schmidt, Réforme, 24 septembre 1994
" Car la force du Jardin clos de Régine Detambel, c’est cette prière immense, panique, que le monologue intérieur du narrateur adresse à l’humanité pour qu’elle ne soit plus inhumaine… "
Du viol et des bégonias, par Michèle Bernstein, Libération, 29 septembre 1994
" Bals champêtres ou amants du Pont-Neuf, on se fait des Grands Meaulnes avec les éléments qu’on a. Régine Detambel a assez de talent, elle est un auteur assez ambigu pour, au temps de l’abbé Pierre et des Restos du cœur, en avoir monté une histoire d’amour… "
Mais qu’est-ce qu’elles veulent, par Catherine Rihoit, Marie-Claire, n°506, octobre 1994
" Avec son empathie habituelle pour la souffrance et l’humiliation, Régine Detambel nous décrit un univers poétique et absurde, le lieu du courage et de la déréliction… "
Il fouille les poubelles, par Gérard-Humbert Goury, Biba, octobre 1994
" On pense à la Chute de Camus, bien sûr. On pense surtout, et vite, que cette jeune romancière allie la pulsion convulsive des rappeurs à un imaginaire surchauffé. Ce serait un superbe prix Fémina ! "
Le jardin clos, par Thierry Guichard, Le Matricule des Anges, octobre 1994
" Avec la limpidité d’une langue pure, Régine Detambel fait de son jardin un monde si vaste qu’y être prisonnier c’est y devenir libre… "
Le jardin des sévices, par Dominique Fernandez, Le Nouvel Observateur, 7 octobre 1994
"Le Jardin clos arpente les allées interlopes d’un square public. Ce roman est avant tout une fable cruelle sur notre fin de siècle… "
Les confidences du garçon des plantes, par Achmy Halley, Révolution, 20 octobre 1994
"L’âpreté salutaire du livre, sa réjouissante sauvagerie, sa douceur humble et la belle écriture de Régine Detambel font du Jardin clos sans doute le roman le plus savoureux de la rentrée littéraire, le moins conventionnel…"
Bancs publics, par Louise L. Lambrichs, La Croix, 31 octobre 1994
"Le dernier roman de Régine Detambel, Le Jardin clos, fait partie de ces livres qui vous modifient subrepticement le regard… "
Le Jardin clos, par Marie-Laure Delorme, Télérama, 2 novembre 1994
"Juste un être humain. Qui – lentement, douloureusement – récupère son dû, la vie."
Prison sans murs, par Pierre-Robert Leclercq, Le Monde, 24 novembre 1994
"On décrit, dénonce et déteste mieux une société en l’observant…"
Orphelins, par Dominique Müller, Page des libraires, janvier-février 1995
"Le Jardin clos de Régine Detambel est un bijou d’écriture, une variation exhaustive sur une violence quotidienne, d’apparence banale, dont la Detambel exprime, comme une quintessence, la brutalité cosmique…"
Le Jardin clos, par Elisabeth Morand, La Vie, 26 janvier 1995
"Au cœur de cet âpre roman d’apprentissage palpite et bruit un monde. Régine Detambel n’élève pas la voix. Attentive aux plus minuscules détails, elle écrit juste et précis. Le fantastique, la folie rôde, elle en prend acte. C’est donc bien à une traversée mystique qu’invite Le Jardin clos…"