Un grand repos serait nécessaire après ces heures pleines. Il faudrait ôter le matelas perdu et le jeter, à quatre hommes, sur le fumier. Ensuite, les poules se blesseraient aux ailes pour ne pas perdre une goutte du sang de naissance. Elles se disputeraient, jusqu’à la plaie, le sel délicieux et ces eaux riches dont les accouchements imbibent les matelas. D’ailleurs, les poules sont mauvaises et corrompues. Plus tard, après avoir accusé les mouches bleues, avant d’incriminer l’haleine des truies, je les soupçonnerais, elles, les poules, le coq roux et vert, la pintade aux ailes rondes, d’avoir contaminé mon frère en approchant trop près de lui leur langue pointue, leurs ongles jaunes, leur bec marron de purin et leurs narines taillées dans la corne.
Joachim – les Mosellans disent Jochem – est né en Lorraine, sur la frontière où la France et l’Allemagne, chacune à son tour, s’établissent et veulent vaincre. Là, il y a des mines de charbon, du fer, des filons douloureux et salissants, des crassiers et des drames souterrains. Les hommes ont les poumons scintillants de poussière. Les vaches lèchent des blocs de sel gemme. Mais l’enfant né ne vivra pas un jour entier. Comme saint Nicolas le fit des glaneurs, sa sœur le ressuscitera pour qu’il l’accompagne sur les routes de l’exode…
J’ai dédié ce livre aux miens qui vivent sur la frontière. Je suis moi-même née à Saint-Avold. Je me souviens des cimetières américains, des endroits qui n’étaient pas déminés, des Malgré-nous, des histoires de frontière, du patois que parle ma famille paternelle. J’ai aussi dédié ce livre à tous ceux dont on veut extirper la langue, sous prétexte d’harmonie. Et je me souviens que cette histoire est née exactement le jour où j’ai appris que le vélin, ce beau papier, était à l’origine un parchemin fait de peau de veau mort-né. Encore le lien entre la mort et l’écriture qui rend la vie…
Mémoires des petites formes, par François Mathieu, Révolution, 26 août 1993
« La forme adoptée par Régine Detambel permet une plénitude momentanée, celle qu’en d’autres lieux que le livre l’on exige d’un tableau (…) Le lecteur est délicieusement amené à parcourir le projet d’une œuvre mémorial, familiale certes mais ethnographique, sûrement… » »
L’invention de la vie, par René de Ceccatty, Le Monde, 10 septembre 1993
S’il est vrai que tout livre cherche à conjurer la mort, Régine Detambel est avec Le Vélin, au cœur du projet romanesque…
Une enfance lorraine, par Sylvie Hamel, Marie-Claire, septembre 1994
Depuis qu’elle écrit, Régine Detambel reprend, patiemment, tous les fils qui la relient à sa Moselle natale…
Le frère de cœur, un petit miracle de Régine Detambel, par Christophe Kantcheff, Politis, 2 au 8 septembre 1993
« De brèves scènes évocatrices, des phrases courtes, le tout en trente petits chapitres dont l’énumération des titres donne un sommaire à la Perec… »Régine Detambel : souvenirs d’enfance, par Claude Mourthé, Le Figaro Magazine, 9 septembre 1993
« … un roman grave, sincère, de ceux qu’elle réussit parfaitement… »
Le Vélin, Coopération, 16 septembre 1993 (Suisse)
« Pour son huitième livre en trois ans, la jeune Mosellane a décidé de revenir dans sa Lorraine natale… »
Requiem pour une âme brève, par Jackie Vilacèque, Midi Libre, 19 septembre 1993
« Car c’est le miracle Detambel que de donner à voir et à sentir tant de choses dans ce requiem pour une âme si brève… »
En passant par la Lorraine, par Roger Bichelberger, Le Républicain lorrain, 19 septembre 1993
« Plutôt que de vous raconter Le Vélin, je voudrais vous faire goûter ce livre, vous le faire déguster… »
Deux jeunes virtuoses, par François Salvaing, L’Humanité Dimanche, n°184, 23 septembre 1993
« Elles ont entre vingt-cinq et trente ans et, paraît-il, des tiroirs pleins de manuscrits… »
Le Vélin de Régine Detambel, Femme actuelle, 27 septembre 1993
« Un roman magnifique, tendre et douloureux, par un écrivain de 29 ans, déjà auteur de six livres et dont le talent ne cesse de s’affirmer… »Veaux, vaches… pigeon vole !, par André Rollin, Le Canard enchaîné, 15 septembre 1993
« Beau comme ce roman de Régine Detambel, sorte de velours sombre strié de rouge. Une écriture noire comme illuminée… »
Detambel, Rouaud : les écrivains sont silencieux, par Bertrand de Saint-Vincent, Le Quotidien de Paris, 29 septembre 1993
« Elle a un style, une écriture et un sens de la douleur… »
Cet autre qui tient registre, par Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 29 septembre 1993
« Au moyen de traits tranchants, Régine Detambel compose trente tableaux hantés par la figure imaginaire d’un frère survivant à sa propre mort… »
La mort refusée, par Pierre-Robert Leclercq, Le Magazine littéraire, octobre 1993
Paradoxalement, c’est la banalité du quotidien que vient troubler la guerre qui fait d’un enfant mort l’acteur principal et très présent d’un roman de la vie…
Le Vélin, par Anne Walter, Marie-Claire, octobre 1993
« Un roman au style éblouissant… »
Le Vélin, par Gérard-Humbert Goury, Biba, octobre 1993
« Cette romancière puissante refuse les bluettes et s’affirme comme la plus douée de sa génération… »
Le Vélin, par Michel Perraudeau, Anjou Laïque, octobre 1993
« Le vélin. Se souvient-on que le mot désigne un veau mort-né dont la peau fournit le parchemin le plus recherché ?… »
Arrêt sur… Régine Detambel, Elle, octobre 1993
« Dans Le Vélin (Julliard), la narratrice met en scène Jochem, le frère mort. Superbe et poignante résurrection de celui qui n’a pas vécu, morceaux d’existence sous le ciel noir de Moselle, qui commence dans la chambre de l’accouchée… »
Des gens meurtris, par Jacques Bens, La Quinzaine littéraire, 1er au 15 octobre 1993
« Chacun sait que les passions contenues sont les plus efficaces (« Elle est morte, adieu Perdican » est plus bouleversant que tout un chœur de pleureuses). D’autre part, on ne peut ignorer l’immense affection que Régine Detambel porte à ses personnages, et qui traverse tous ses livres, même si elle a choisi de ne pas nous l’agiter sous le nez… »
Mon petit frère est mort, Impact Médecin, 19 octobre 1993
« Le style concis, le vocabulaire simple nous montrent, sur fond de guerre, comment un enfant mort peut devenir un acteur incontournable d’une existence. Un grand livre fait de petites choses… »
Le Vélin, par Cécile De Cat, Indications, n°5, novembre 1993 (Belgique)
« Avec sa sensibilité unique, Régine Detambel évoque, en croisant les deux termes, l’enfance et la mort… »