Sur les chaises s’amoncellent châles et petites laines, gilets de demi-saison qui garderont, en forme d’épaulette, la marque du dossier. De loin, la scène pourrait figurer une plage avec des serviettes étalées, des peignoirs abandonnés à la clenche d’une cabine.
Le vestiaire, depuis longtemps infesté de cafards, est inutilisable. Au tout début, il y a neuf ans, nous disposions de patères discrètement alignées devant la porte des toilettes. Le vestiaire renouvelait sa garde-robe chaque trimestre. L’hiver, les cols de fourrure cachaient les noms gravés sur une plaque de cuivre. L’été, le vestiaire devenait cachectique, montrait son ossature omoplates d’acier sur un long muscle de hêtre.
C’était un mois de janvier extraordinaire. Le 5 janvier 1990, pléthore ! Les Éditions Julliard, sous l’égide de Christian Bourgois & Elisabeth Gille, publiaient le même jour quatre textes de moi, en deux livres, et je passais à Apostrophes ! Il y a des jours comme ça…
L’héroïne de L’Orchestre, violoniste de profession, tape des thèses de doctorat pour vivre. J’ai imaginé ce qu’on pouvait éprouver, artiste passionnée, dans l’orchestre symphonique d’une petite ville de Province, quand tout, salaire, décor, ne permet guère de se faire des illusions sur ce qu’on appelle "la création". Ma violoniste tient, avec calme et désespoir, la chronique de son orchestre particulièrement rétif au talent de son nouveau chef. Finalement, cet orchestre municipal, atrabilaire et flemmard, qui répète la Titan de Mahler dans une salle ventée au parquet foraminé par les vers ne trouvera son unité que dans un grand silence collectif…
Je ne savais rien de la vie des musiciens mais j’ai été étonnée quand l’un d’entre eux m’a presque accusée de révéler les petits ragots de son orchestre de Province ! J’ai foi en la fiction, cette magie de l’écriture qui vous permet de mettre le doigt sur de vrais problèmes, justement parce que vous n’y connaissez rien, et que vous laissez faire le flair et la sensibilité.
La Semeuse est le second récit du volume. C’est un jeu de piste, les déboires d’un amant philatéliste qu’une femme mène à sa guise en semant (la Semeuse, oui) des timbres en tête de chapitre. Petit clin d’œil à une critique que l’on fait souvent aux jeunes auteurs : on les accuse de raconter leur autobiographie. Là, j’ai devancé la critique puisque les trente-sept timbres reproduits en tête de chapitre ont été émis en France l’année de ma naissance. Il y a d’ailleurs quelques timbres prémonitoires : par exemple, celui qui représente la Maison de la Radio… J’ignorais que vingt-cinq ans plus tard j’y viendrais pour des interviews ou pour participer aux savoureux " Papous dans la tête " de Bertrand Jérôme et Françoise Treussard…
Régine Detambel une " pro , par Mia Romero, Midi Libre, 3 janvier 1990
" Elle veut créer sa propre écriture, ce tout jeune auteur sera l’invité d’Apostrophes, vendredi 5… "
Régine Detambel s’inspirer d’autres écrivains, par Bertrand de Saint-Vincent, Le Quotidien de Paris, 3 janvier 1990
" L’héroïne de L’Orchestre, violoniste de profession, tape des thèses de doctorat pour vivre. (…) L’Orchestre interprète avec beaucoup de justesse et de personnalité le drame des artistes anonymes… "
Les années ’90 : la confiance règne !, par Pierre Maury, Le Soir, 4 janvier 1990 (Belgique)
" Régine Detambel inaugure son œuvre en fanfare… "
Une révélation chez Pivot !, par Jérôme Garcin, L’Evénement du Jeudi, 4 au 10 janvier 1990
" Régine Detambel, à l’âge où ses contemporains donnent dans la batmania littéraire, ne se fait guère d’illusions sur ce qu’on appelle " la création " : l’orchestre municipal, atrabilaire et flemmard, qui répète la Titan de Mahler dans une salle ventée au parquet foraminé par les vers ne trouve son unité que dans un grand silence collectif… "
Éloge des écrits brefs, par Michel Braudeau, Le Monde, 5 janvier 1990
" Autant qu’à Roussel, Queneau et Perec, on pense au cinéma très littéraire de Peter Greenaway… "
Régine Detambel L’exploration des possibles, par Michèle Bernstein, Libération, 11 janvier 1990
" Sans avoir encore lu aucun des articles qui lui ont déjà été consacrés, sans l’avoir vue à la télévision, il m’aurait pourtant été difficile de ne pas savoir que Régine Detambel est celle dont on parle, le remous de ce début d’année… "
À quoi reconnaît-on un écrivain ?, par Jean-Paul Goux, La Quinzaine Littéraire, 1er au 15 février 1990
" On sait qu’un écrivain, là, a commencé une expérience qui durera pour lui autant qu’il y aura d’encre et de papier au monde… "
" L’Orchestre et la Semeuse ", " L’Amputation ", par Françoise Ducout, Elle, 5 février 1990
" Régine Detambel affirme sa rage d’écrire, l’originalité de ses thèmes, une vision de l’art exigeante… "
Le sillon magique, par Houssine Ouggourni, Politis, 8 au 14 février 1990
" C’est un souffle nouveau, une veine qui se refuse à toute classification… "
Nouvelles : L’Orchestre et la Semeuse, par Reine Bud-Printems, Le Figaro Magazine, 10 février 1990
" Deux histoires au charme doux-amer : un talent très original… "
L’Orchestre et la Semeuse. L’Amputation, par Jean-Maurice de Montremy, Lire, mars 1990
" Une violoniste de talent, qui n’arrive pas à se trouver, tient, avec calme et désespoir, la chronique d’un orchestre de deuxième zone, particulièrement rétif au talent de son nouveau chef… "
Quatre offrandes, par Pierre-Robert Leclercq, Le Magazine Littéraire, mars 1990
" Avec L’Orchestre, d’une étonnante maîtrise d’écriture, nous assistons à l’agonie d’une communauté que l’art devrait unir. Jourdain, chef au répertoire en forme de rengaine, est remplacé par Grimmer, un jeune homme qui fait jouer Mahler… "
Régine Detambel un talent prometteur, par Monique Verdussen La Libre Belgique, 29 mars 1990
" Les deux premiers livres de Régine Detambel sont accueillis par les éloges les plus flatteurs… "
Naissance d’un écrivain, Femme actuelle, 7 juin 1990
" Quatre textes insolites dans un style surprenant… "
Régine Detambel L’Orchestre et la Semeuse (Julliard), Nouvelles nouvelles, n°20
" Un petit chef-d’œuvre à la fois sensuel et très en retrait, d’une concision qui dénote une puissante maîtrise des effets induits… "