Joachim Wagner a été condamné, en 1945, avec ses frères et leurs épouses, pour extorsion de fonds et voies de fait sur les pensionnaires de Pandémonium, la maison de retraite qu'il dirigeait. Par la suite, il a lâchement laissé emprisonner sa petite-fille Marie pour le meurtre de son mari, qu’elle n’a pas commis. Depuis, les épisodes mystérieux se succèdent à Pandémonium. Des années plus tard, reclus dans leur place forte, les Wagner défendent jalousement leurs secrets et élèvent Nicolas, le fils de Marie, dans l'ignorance de leurs méfaits…
Les mystères du lieu se dévoilent peu à peu, au fil d’un récit à l’humour grinçant. Le style très singulier de Régine Detambel contribue à la mise en place d’un climat à la fois charnel et inquiétant.
La première page
Bien avant d’être toréés par la vieillesse, les Wagner avaient connu d’âpres démêlés avec la justice. Cinquante-huit ans auparavant, alors même que John Ford achevait le tournage de My darling Clementine, Joachim Wagner, propriétaire et directeur de la Gloriette, une maison de retraite à Vignac (Aude), fut écroué à Montpellier. On mit également en examen, pour hébergement incompatible avec la dignité humaine et falsification de chèques, deux de ses trois frères, sa propre femme Suzanne et ses trois belles-sœurs Diane, Athéna et Olive. De tels actes entraînent nécessairement punition exemplaire des coupables et solennelle réparation. La manie du commun dénominateur, propre aux accusateurs, eut tôt fait d’admettre tous les individus Wagner (à la blondeur suspecte et à demi translucide de Mosellans émigrés vers le Midi de la France en 1870) et leurs femmes (châtaines comme des violons) sous la même rubrique, celle des démons. La rhétorique fit entendre sa musiquette : des démons on sauta au Diable puis à la sorcellerie, pour revenir à Dieu et à la charité chrétienne, au terme d’une impeccable ascension. Il ne restait désormais plus à l’accusation qu’à débaptiser la Gloriette pour la renommer Pandémonium, du nom de la capitale des Enfers.
La presse
« Pandémonium est une fable cruelle sur les secrets de famille, les silences, les lâchetés. (…) Pas de messes noires dans cet huis clos mais d’inquiétantes affaires, des grenouillages venimeux qui pèsent lourdement sur les quatre générations enfermées dans la maison. Un étrange accident. Un meurtre à l’arsenic. Ça grince, on ricane, on frémit, on espère. Nicolas, l’arrière-petit-fils de seize ans de Joachim, et Éva, la toute jeune garde-malade, parviendront peut-être à rompre le cercle.
Régine Detambel a rassemblé dans ce livre en charnière une incroyable puissance d’imagination et d’évocation. C’est un malaise doux qui fait l’échappée belle. Toute son œuvre s’y concentre. Ses obsessions, ses craintes, ses souvenirs balayés, sa force d’écrivain. »
Xavier Houssin, Le Monde, vendredi 14 avril 2006
"Pour son entrée en littérature, à l'aube des années 1990, Régine Detambel avait frappé un grand coup, faisant paraître pas moins de trois ouvrages en une même année. Pandémonium, sa dernière livraison, est une histoire pleine de bruit et de fureur, où entrent en ligne de compte des procès, des accidents, des crimes et un zeste de folie. Le voyageur, qui va de surprise en surprise, ne manquera pas d'être secoué, prisonnier d'un arbre généalogique peu commun."
A. Fillon, Lire, mai 2006