Les arbres étaient pour la plupart des chênes et quand je venais, pour les vacances, en juillet, leur écorce était grasse de lessive. Leur tronc moussait. À peine arrivée, je voulais toujours laver les arbres.
– Elle aime rendre service, disait ma grand-mère.
Dans la mousse, je voyais de petits arcs-en-ciel, les bulles crevaient, traversées par une chenille verte.
Mon père estimait, chaque année, la hauteur des chênes. Au lieu d’employer la méthode qui consiste à mesurer d’abord l’ombre d’un bâton d’un mètre de longueur puis l’ombre portée du chêne, lui, qui était né près des canaux du Rhin et ne connaissait que les murailles géantes …

La Patience sauvage est peut-être le roman le plus proche de moi, le plus infernal, le plus poétique aussi, et cela va ensemble, probablement. Je parle de la haute enfance, de l’adolescence surtout, quand on est une fille soucieuse et trop sensible et que vos seuls amis sont le courage, le silence et un chien errant sur la plage : " Le soir, en martelant la caisse de ma guitare pour me donner un air gitan, je pensais parfois que Toby aurait pu sortir de l’eau, qu’il était une bête mythologique, lustrée comme une otarie, avec une intelligence d’homme. Mais ce qu’il m’enseigna, quand je marchais seule, le matin, vers six heures, c’est que je n’échapperais jamais, moi non plus, à la faim et à l’amour. Qu’il était inutile de refuser de m’asseoir à table ou d’essayer d’échapper aux baisers que me donnait un garçon qui venait le soir, dès qu’il entendait ma guitare, s’asseoir à côté de moi et faire mine d’écouter. " D’une certaine manière, La Patience sauvage est cet air de guitare. Ni plus ni moins.
Il y a la nature aussi, cette nature qui m’habite plus qu’elle ne m’environne. Elle est une sorte de puissance païenne qui guide mon écriture, me dicte mes sujets. Tous mes livres – depuis Le jardin clos jusqu’à Elle ferait battre les montagnes, en passant par Colette. Comme une flore, comme un zoo – le proclament.


La Patience sauvage s’ouvre sur cette phrase : "Les arbres étaient pour la plupart des chênes et quand je venais, pour les vacances, en juillet, leur écorce était grasse de lessive. Leur tronc moussait. A peine arrivée, je voulais toujours laver les arbres".
La petite héroïne et tous les personnages de La Patience sauvage sont " nature ". J’aime écrire nûment et crûment, je ne cherche pas à masquer ou déguiser l’animalité (parfois la bestialité) de mes personnages. C’est bien connu, qui veut faire l’ange fait la bête ! Au contraire mes personnages se réclament autant de Linné et Buffon que de Freud ! Luce, ma petite héroïne, est surnommée Tite flambe, un nom de plante que j’ai découvert dans la Flore de Bonnier.
On retrouvera, dans La Patience sauvage, mes lieux : la plage de Maguelone (et même son camping, où je me suis étiolée adolescente), des chiens, des chiens, des chiens, la malaïgue qui a contaminé l’étang dans lequel se jette l’héroïne, la campagne de Lagamas, son ruisseau, je rapporte d’ailleurs une scène telle qu’elle s’est déroulée il y a presque 20 ans quand j’ai vu des chiens égorger 3 moutons dans la propriété de mes parents.


La nature dont j’aime parler est celle où je vis, celle qui me fait vivre. Elle est cruelle, elle ne s’efface pas, ne se laisse pas oublier. Elle est aussi notre agressivité, notre sexualité. J’aime sa puissance d’instinct et souhaite que les écrivains ne l’oublient pas trop dans leurs scénarios car elle est évidemment un personnage à part entière. Et son influence est éternelle.

La Patience sauvage par Bernard leclair Les Inrockuptibles, 18 août 1999
"La Patience sauvage, qui aurait pu s’intituler Les chiens du soleil, est l’une de ses plus belles réussites, dès les premières pages qui regorgent d’une écriture à la sensualité exacerbée, jusqu’à sa chute, si l’on ose dire, dans un amour enfin débarrassé de la répulsion de la saillie qui a conduit la narratrice, un temps, en hôpital psychiatrique, pour y fuir la malédiction généalogique dans le paradis fallacieux des médicaments multicolores…"
 
Premiers émois,
par Pierre-Robert Leclercq, Le Monde, 27 août 1999
"Detambel fait montre d’une remarquable originalité pour décrire une peur de vivre, les sentiments et sensations complexes qui troublent la chair et l’esprit d’une enfant qui devient femme…"
 
Le Livre du mois : La Patience sauvage,
par Anne B. Walter, Marie-Claire, septembre 1999
"Régine Detambel est un monstre. À trente-six ans, elle a publié une vingtaine de romans où pas un mot n’est à changer, tous bâtis sur sa mine d’or : le monde des sensations de l’enfance…"
 
Régine Detanbel "Meurs et deviens !
 ", par Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 9 septembre 1999
"… ce récit, dont le parti pris de mesure ne cesse pas de laisser entrevoir la violence, tantôt sourde et tantôt déclarée, d’un ‘roman familial’".
 
Huit chiens, pas un chat,
par Michèle Gazier, Télérama, 6 octobre 1999
"… ce livre terrible et magnifique qui, sous l’élégance de l’écriture, nous parle d’enfer…"

Chienne de vie,
par Claire Devarrieux, Libération, 14 octobre 1999
"Un terrible petit roman d’apprentissage, où les chiens figurent la peur du grand méchant loup…"
 
Patience sauvage de l’enfance
, par Georges Guitton, Ouest France, 31 octobre 1999
"Des moments d’enfance comme ceux-là, Régine Detambel en cueille à foison dans son dernier livre. Son écriture extirpe les sensations, réveille les senteurs, agite les émotions. Elle les offre au lecteur, précises et crues. C’est un vertigineux cadeau pour ne pas oublier le temps des origines…"
 
Patience et âpreté : l’art de Régine Detambel
, par Claudine Galéa, La Marseillaise, 7 novembre 1999
"Il y a du fantastique chez Detambel, et un soin absolu des mots, du vocabulaire, de la phrase. Elle cisèle ses chapitres pour les rendre nerveux, à coup d’ellipses et de ruptures narratives… "
 
Vies de femmes,
Nice Matin, 12 décembre 1999
"Hors des sentiers battus par la course aux prix restent heureusement quelques livres qui ne demandent rien à personne, s’offrent simplement dans leur beauté d’écriture et répondent à la seule vraie demande du lecteur : le plaisir de lire. La Patience sauvage est l’un de ces livres splendides où la force douloureuse des images s’enfouit sous la poésie…"
 
La Patience sauvage
, 24 heures (Suisse)
"C’est fort, sans fioritures, mais quelle écriture pour dénoncer l’enfance trahie…"

Les mots comme images,
par Thierry Guichard, Le Matricule des Anges, 15 janvier/15 mars 2000
"Dans ces scènes très condensées (comme l’est la poésie), Régine Detambel fait affleurer et rend visibles les pulsions souterraines, géologiques qui traversent nos corps. Avec une délicatesse et une sensualité qui n’enlèvent rien à la sauvagerie de la vie."