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Plutôt que de saisir le réel dans sa singularité et s’en contenter, écrit Rosset, la pensée contemporaine a été pervertie par la volonté de l’exorciser en ne s’attachant qu’à ses “ doubles ”. D’où la valorisation des notions négatives, le “ prestige fascinant et ambigu de ce qui n’est pas par rapport à ce qui est, de ce qui serait « autrement » par rapport à ce qui est ainsi, de ce qui serait « ailleurs » par rapport à ce qui est ici ”. Elle a été prise dans le sortilège de ces notions négatives, dont la fonction a été et est de “ faire miroiter, au-delà de leur propre négativité, l’illusion d’une sorte de positivité fantômale : comme si le fait de signaler que quelque chose n’est ni ici ni ainsi suffisait à établir que ce quelque chose existe ou pourrait exister ”. Cette “ pensée de l’ailleurs ”, qui ne dit jamais positivement ni ce qu’elle veut ni ce qu’elle désire et ne se définit que par ce dont elle ne veut pas, peut être la forme la plus sophistiquée du charlatanisme mais aussi et surtout le “ vice ” de ces pensées qui se placent elles-mêmes à la pointe de la modernité parce qu’elles parviennent non à dire quelque chose mais à dire qu’il n’y a rien à dire. Le Philosophe et les sortilèges passe en revue ces “ diverses expressions modernes de la contestation du réel ”, qu’elles soient d’ordre philosophique, politique ou littéraire.
Le principal réconfort de ceux qui ne veulent pas du monde qui leur est présentement offert, mais ne se résolvent pas pour autant à l’abandonner par voie de suicide, consiste on le sait à annoncer soit sa prochaine et radicale modification, soit sa fin inéluctable et imminente : que tout change, ou que tout finisse. Ces deux options, que les prétextes les plus futiles ont toujours suffi à encourager malgré leurs évidente invraisemblance, ne sont naturellement opposées qu’en apparence. Espoir et désespoir font ici cause commune. S’ils divergent quant à la manière selon eux la plus plausible d’en finir, ils s’accordent sur ce point essentiel qu’aucune réalité ne saurait être soufferte telle quelle. Les idées de changement du monde et de fin du monde visent un même exorcisme du réel et jouent pour ce faire du même atout : du prestige fascinant et ambigu de ce qui n’est pas par rapport à ce qui est, de ce qui serait “ autrement ” par rapport à ce qui est ainsi, de ce qui serait “ ailleurs ” par rapport à ce qui est ici. Le sortilège attaché à ces notions négatives est de faire miroiter, au-delà de leur propre négativité, l’illusion d’une sorte de positivité fantomale : comme si le fait de signaler que quelque chose n’est ni ici ni ainsi suffisait à établir que ce quelque chose existe ou pourrait exister.
La force invulnérable de la pensée de l’ailleurs et de l’autrement consiste paradoxalement en son impuissance à se définir elle-même : à préciser ce qu’elle désire et ce qu’elle veut. Si ce qui est ici et ainsi peut donner à redire, ce qui se recommande de l’ailleurs et de l’autrement n’offre en revanche guère de prise à une critique qui, n’ayant aucun objet précis à critiquer, fonctionne nécessairement à vide. C’est pourquoi un propos contestataire est toujours, et par définition, incontestable. Le privilège des notions négatives, qui désignent ce à quoi elle s’opposent mais ne précisent pas pour autant ce à quoi elles s’accorderaient, est de se soustraire à toute contestation : elles prospèrent à l’abri de leur propre vague. C’est aussi l’éternel privilège des charlatans.
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Merci de votre attention et à très bientôt !
Chaleureusement,
Régine Detambel