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Woolf (Virginia) > L'art du roman

Présentation

L'art du roman, Seuil, 2009.

> Extraits de "La Tour penchée" (1940)
in L'art du roman
"La littérature n’est pas propriété privée ; la littérature est domaine public. Elle n’est pas partagée entre les nations ; là, il n’y a pas de guerre. Passons librement et sans crainte et trouvons notre chemin tout seuls."
"Un écrivain, plus qu’aucun autre artiste, a besoin d’être critique, parce que les mots sont si ordinaires, si familiers qu’il doit les tamiser, les passer au crible, s’il veut qu’ils durent. Écrivez tous les jours, écrivez librement ; mais comparons toujours ce que nous avons écrit avec ce que les grands écrivains ont écrit. C’est humiliant mais c’est essentiel. […] Nous n’avons pas besoin d’attendre la fin de la guerre. Nous pouvons commencer dès maintenant.”

Il y a très peu de moments qui soient comme des sommets de montagne, d’où l’on puisse regarder le monde en paix, comme d’une hauteur. L’ennui, c’est que le monde vous distrait sans cesse par des petits riens alors que vous gouvernez droit dans la tempête. C’est comme une ondée sur la mer. Après des critiques, on peut se sentir combatif et ranimé, plus que par des louanges. Mais les auteurs souvent ne lisent pas les critiques, car ce qu’on dit d’eux les empêche d’écrire. Interruptions, qui vous forcent à regarder en arrière, vous donnent envie d’expliquer ou d’analyser ou de convaincre. Trop de jours hors série (des sorties, des voyages…) empêchent d’écrire. Peines perdues. Pour écrire, il faut vivre dans son cerveau. N’avoir ni père, ni mère, ni famille, dont la vie absorberait toute la vôtre. Vous n’auriez pas pu écrire une seule ligne. Inconcevable. Etre seule donc, le plus souvent possible, le plus longtemps possible, c’est ce dont rêve Virginia Woolf : « Que signifient ces crises soudaines de complet épuisement ? Je viens ici pour écrire et je n’arrive même pas à terminer une phrase ; quelque chose me tire vers le bas. Serait-ce quelque effort inusité ? » Non, cet épuisement vient de ce qu’elle vit dans deux sphères à la fois, celle du roman et celle de la vie. Le livre la brise parce qu’il l’entraîne très loin dans l’autre monde. Quand elle écrit à plein rendement, elle ne désire que se promener et mener une vie enfantine et parfaitement spontanée avec son compagnon et tout ce qui lui est familier (la voiture, le chien). « Le fait d’avoir à me comporter avec circonspection vis-à-vis d’étrangers me jette toute pantelante dans une autre sphère ; de là, l’effondrement, explique-t-elle. Je voudrais dresser un monde magique autour de moi pour y vivre forte et sereine pendant six semaines. Mais c’est toujours le même problème : comment concilier les deux univers ? »