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Ateliers & Formations à la Bibliothérapie
Ateliers & Formations à la Bibliothérapie

Pour suivre ou animer un atelier thérapeutique par le récit…


Date de parution : 2016
Dit par l'auteur
Présentation Presse

CABINET DE BIBLIOTHERAPIE

Personnes concernées : enfants, adolescents, adultes, sujets âgés, en présentiel ou par Skype.

En présentiel dans l'Hérault, ou par Skype, la bibliothérapie est une méthode et pratique ouverte à tous. Par un retour au récit, à la voix haute, au bercement de la langue, l'atelier individuel que je propose permettra aux enfants, aux adolescents, comme aux adultes et aux sujets âgés, de nourrir, réparer, recoudre leur "moi-peau" tellement égratigné par la vie… 
Pour s'enrichir, face à l'appauvrissement des sentiments et des perceptions, et devenir résolument créatif !

Méthode et objectif : le lecteur créatif s'invente un récit de soi à partir de la fiction de l'autre... Parle de son mal-être, de sa perplexité, de ses doutes, de sa douleur, les met en mots, et trouve d'autres mots pour les dépasser... Il ne s'agit pas de psychothérapie. L’intérêt thérapeutique découle ici d’une activité créatrice « désintéressée », riche d'histoires et d'émotions. Lectures, accompagnement à l'écriture autobiographique, collages et dessins, mouvements, masques… complètent cet atelier d'expression de soi.

Pour tous renseignements : regine.detambel@orange.fr   

La presse en parle : Cliquez ici


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FORMATION EN BIBLIOTHERAPIE CREATIVE


Personnes concernées : libraires, bibliothécaires, animateurs d'ateliers d'écriture, art-thérapeutes, psychologues, psychiatres, sophrologues, coachs, toutes professions liées au soin ou aux lettres, enseignants, aidants et bénévoles en maisons de retraite ou en associations diverses, lecteurs convaincus…

Modalités
 : visioconférence (en 4 séances par Skype). La formation individuelle par Skype permet, étant donné la disparité des expériences et des exigences des stagiaires, de répondre le plus précisément possible à leurs besoins individuels.
Toutefois, la formation en présentiel à Montpellier-Juvignac est également possible (13 h 30/18 h). Voir ci-après.

Modalités pratiques de la formation par Skype
La formation par visioconférence (Skype) se compose de quatre séances individuelles d'une heure, entièrement centrées sur votre projet. Nous visons exclusivement votre projet, en respectant votre singularité, et construisons un atelier de bibliocréativité absolument adapté à vos besoins.   

Dates Skype ou formation en présentiel 
Souplesse absolue. Nous fixons ensemble les dates de Skype assorties de leur horaire. Et elles peuvent changer en cours de route en fonction des impondérables…
Si vous le souhaitez, nous pouvons envisager cette formation en présentiel, dans ma bibliothèque, un après-midi de 13h30 à 18 h. 

Coût : joindre la formatrice à l'adresse suivante    regine.detambel@orange.fr
Précisez tarif de groupe (à partir de 2 personnes) ou individuel.

Objectifs : aborder le pouvoir thérapeutique des livres, animer son propre atelier de bibliothérapie créative.
Voir l'essai Les livres prennent soin de nous. Pour une bibliothérapie créative (Actes Sud, 2015).

Programme : Théorie assortie de nombreux exemples. - Le récit. - La bibliothérapie dans le monde. - Des outils pour choisir les livres à conseiller.
- Utiliser la voix haute. - Peau et papier. - L'importance du carnet créatif. - L'importance du mini atelier d'écriture. - Comment ouvrir un atelier de bibliothérapie créative (en librairie, en bibliothèque, en maison de retraite…). - La bibliothérapie créative pour les enseignants et les animateurs. - La bibliothèque en atelier d'écriture. - Se constituer une bibliothèque thérapeutique. Pour les personnes soucieuses d'animer un atelier en maison de retraite ou en EHPAD, formation à l'animation d'un atelier pour lire et faire lire à haute voix les sujets âgés en vue d’un mieux-être psychique par l’exercice de la mémoire, de l’imaginaire, de la créativité, d’un mieux-être relationnel par l’expression des émotions, l’ouverture de l’écoute, le partage de règles communes, l’élaboration de projets artistiques collectifs pour une restauration narcissique et une reprise d’activité intellectuelle. 

La formatrice : Régine Detambel est écrivain, masseur-kinésithérapeute D.E., titulaire du master 2 de Lettres Modernes, chargée de cours dans le cadre du DU Ethique et maladie d'Alzheimer à la Faculté de médecine de Montpellier, Chevalier des Arts et Lettres.

Dates 
: toute l'année.

Contacter la formatrice : regine.detambel@orange.fr

Voir les videos : cliquez ici 

Détails
Un atelier de bibliocréativité, selon moi, se compose de plusieurs éléments et n'a absolument rien à voir avec un club de lecture !
On lit, certes, mais à haute voix, avec le corps, le souffle, le ventre. On écoute l'autre lire, de tous ses sens et de tous ses palpeurs.  
Et puis on écrit aussi, parce que la lecture appelle forcément l'écrire. On partage ce que le texte a donné. Et puis, pour qu'il reste une trace expressive de ce temps passé avec le bibliothérapeute, on se consacre de tous ses dons à un carnet créatif où l'on peut joindre citations et collages, polaroïds et dessins, citations et haïkus, calligrammes et tags… La séance peut s'achever enfin sur un conte philosophique ou poétique pour nourrir, réparer, recoudre notre "moi-peau" tellement égratigné par la vie… En maison de retraite ou en en EHPAD on peut même marcher un texte ou le scander, pour le vivre de tout son corps, à son niveau, et entendre de nouveau en soi résonner des mots devenus si lointains…
Mais on peut enrichir encore, et sans fin, un atelier de bibliocréativité, afin qu'il ressemble à son animateur et soit résolument créatif.

Tandis que fleurissent les salons de développement personnel "bonheuriste" et les éditions de self-help books, les bibliothèques dorment sur le "vrai" trésor bibliothérapeutique ! Pour réveiller ce fonds, autrement plus revigorant que les lieux communs du bien-être de masse, je propose des formations en bibliothérapie créative.

Voir l'essai Les livres prennent soin de nous. Pour une bibliothérapie créative, Actes Sud (2015) 

Peu de gens savent que les livres soignent. Pourtant, ils ont le pouvoir de nous soigner par le sens de leur histoire, la mélodie et la musicalité de leurs mots, le toucher sensuel du papier…

La « bibliothérapie » a pour effet d’élargir nos existences étriquées et toutes tracées, et de les lancer vers des horizons insoupçonnés. Les médecins se nomment Ernest Hemingway, Colette, Goethe, Kenzaburô Oé et leurs ordonnances se lisent sur des centaines de pages. 
De la littérature comme remède… 

"Lire ce n’est pas une activité de paresseux, c’est absolument une activité psychique et une activité physique et corporelle complète. Lire à haute voix, encore plus : on disait autrefois à un malade alité qu’il n’avait qu’à lire à haute voix et que ce serait aussi bon pour lui qu’une promenade en forêt ! D'où ma pratique de la bibliothérapie, activité totale…" (Régine Detambel, le 16 juillet 2013, sur France Culture, dans l'émission de Marie Richeux).

Supervision : une fois la formation effectuée, et après quelques expériences sur le terrain, vous pouvez éprouver le besoin de vous ravitailler en textes neufs, en nouvelles idées d'ateliers de bibliocréativité ou de mini-ateliers d'écriture. Nous pouvons consacrer alors ensemble une demi-heure à ce petit rafraîchissement de votre créativité. N'hésitez pas à me faire signe !

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Presse

Canal+, Le Grand Journal, visionner la présentation d'Augustin Trapenard ici
TF1 (5 avril 2015), visionner le reportage ici
La Grande Librairie, France 5, 16 avril 2015, visionner ici
France Inter (L'Heure des rêveurs, de Zoé Varier, 17 avril 2015), écouter ici
Lire (avril 2015), Livres Hebdo (19 mars 2015)…
Micmag.net, "Les récits ont ce pouvoir étonnant", avril 2015.
L'Express, 29 avril 2015.
Le Monde, le feuilleton d'Eric Chevillard, avril 2015
Télérama, juin 2015.
La Bibliothèque Médicis, LCP, 3 juillet 2015.
La Grande Librairie, France 5, 28 mai 2015, visionner ici
Sciences Humaines, n° 273, juillet-août 2016, Les pouvoirs de l'imaginaire. La littérature aide-t-elle à vivre ? par Héloïse Lhérété.

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Entretien pour MicMag.net, "Nous avons besoin du récit pour vivre !", juin 2014
A découvrir ici

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Entretien pour ActuaLitté, "La lecture, dernier lieu de liberté", août 2014
A découvrir ici

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Questions posées par Carole Mock (Lausanne) - avril 2016

Q. Les personnes dépressives ou/et qui prennent des médicaments ont souvent de la peine à se concentrer, d’où une difficulté à lire. Que leur conseillez-vous de faire, existe-t-il des ouvrages adaptés à leur situation ?

R.D. C’est dans cas précisément que la bibliocréativité à laquelle je forme des stagiaires, qu’ils soient soignants ou littéraires, peut aider remarquablement. En effet mon principe n’est pas de prescrire à un livre à une personne qui ira, dans la solitude et le silence, le parcourir avec les yeux. Ce qui m’intéresse est au contraire que, dans le groupe de bibliocréativité, en présence du bibliothérapeute, la lecture, le texte se jouent au travers du corps, du souffle, des bouches et des ventres. On lit à haute voix, sur place, avec les autres, on existe enfin physiquement au travers d’un texte, et cela, le déprimé peut le vivre avec beaucoup de bénéfice. 


Q. Que peut-on lire avec des personnes très âgées ? Des livres pour enfants peuvent-ils convenir ?

R.D. On peut tout lire avec des personnes âgées. Je rappelle que mon principe consiste à accompagner l’autre dans la lecture à haute voix, à l’aider à s’entendre de nouveau vibrer de l’intérieur, à s’entendre prononcer des mots, des phrases qu’il ne s’est pas entendu dire depuis des années ! Les personnes âgées ne sont pas des enfants. Elles ont tout à fait la possibilité de résoudre, quel que soit leur âge, des problèmes existentiels. Reste à savoir choisir les extraits à leur proposer, et c’est bien ce à quoi je forme mes stagiaires, notamment à connaître les paramètres de sélection qui les aideront à donner du sens et de la créativité à la vie de ces personnes abandonnées par la langue, abandonnées par le récit.


Q. Quels sont les bienfaits de la lecture pour les patients psychiques en particulier ?

R.D. Pour tous, bien-portants ou patients, la littérature transmise par le bibliothérapeute représente une fête, c’est-à-dire un moment où, au sein d’un groupe ou en individuel, on va se mettre à s’enrichir, se nourrir d’images, de figures de style, de métaphores, qui vont nous permettre, généralement inconsciemment, de reconstruire notre vie, de recoudre notre « moi-peau », si abîmé par chaque journée. La  bibliothérapie créative apporte au patient à la fois le contenant et le sens, c’est-à-dire la parole enveloppante et berçante qui apaise, ainsi que l’ordre du récit qui vient remettre un peu d’ordre dans le chaos de la vie. 

Questions posées par Carole Mock, Atelier Communication du graap | fondation groupe d'accueil et d'action psychiatrique à Lausanne

L’Echo - N° 40 / Avril - Mai 2016

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Entretien avec Lauren Malka, pour MyBoox.fr, 19/05/2014

Régine Detambel "Les livres soignent"


Connaissez-vous la bibliothérapie ? C’est à cette forme de soin thérapeutique très particulière, qui consiste à remplacer les médecins par des auteurs et les ordonnances par des livres, que la romancière Régine Detambel, Grand prix de la Société des Gens de Lettres pour l'ensemble de son œuvre, se consacre depuis plusieurs années. D'où vient la bibliothérapie, en quoi consistent les séances, pourquoi suscite-t-elle un attrait récent ? Régine Detambel nous raconte tout.

MyBOOX : Pourquoi avez-vous décidé de vous orienter dans la bibliothérapie ? Et en quoi consiste votre atelier précisément ?

Régine Detambel : Les livres soignent. Ils ont le pouvoir de nous apaiser par l’ordre de leur syntaxe, le rythme et la musicalité de leurs phrases, le toucher sensuel de leur papier… Les récits ont ce pouvoir étonnant, dans les mouvements de la lecture ou de l’écriture, d’arracher à soi-même et à sa douleur, en proposant des fictions enveloppantes et du sens toujours renouvelé.


Pendant cinq années, j'ai initié de nombreux bibliothécaires à la bibliothérapie, mais je souhaite maintenant former individuellement des personnes très motivées qui pourront alors ouvrir leur atelier de bibliothérapie dans leur établissement, ou bien monter leur propre entreprise indépendante. Aujourd’hui je ne m’adresse plus seulement à des bibliothécaires, mais j’ouvre ma formation aux animateurs, psychologues, professions liées au soin, enseignants, lecteurs convaincus...
La formation consiste en trois séances de Skype.  


MyBOOX : Avez-vous personnellement, pour vous-même, eu recours aux livres dans une démarche de soin ?

J’ai toujours eu la vocation pour le soin et pour les livres ! Ma formation de masseur-kinésithérapeute et ma passion pour la littérature m’ont évidemment conduite à concilier les deux dans cette sorte de "poésie-thérapie". Je pense que pour chacun de nous le livre concerne le soin, le soin au sens large.

J’ai beaucoup parlé déjà de mon rapport aux sujets âgés et de mes travaux sur le sujet (notamment Le syndrome de Diogène, éloge des vieillesses) et l’urgence qu’il y a à apporter le livre dans les maisons de retraite, par exemple, mais pas seulement. Ranimer par les livres des sujets souffrants, en hôpital ou en hospice, dans les associations ou dans les bibliothèques, me semble vraiment une urgence sanitaire. Dans la détresse physique ou psychique, dans le handicap ou la grande vieillesse, le livre permet d’élaborer ou de restaurer un espace à soi.

Contre la passivité et la perte d’autonomie, la lecture est la reconquête d’une position de sujet. C’est ainsi que la bibliothérapie a pour effet d’élargir nos existences étriquées et toutes tracées, et de les relancer vers des horizons insoupçonnés.


MyBOOX : 
Depuis quand la bibliothérapie existe-t-elle ?

Il a fallu attendre 1961 pour découvrir dans le Webster International la définition suivante : "La bibliothérapie est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques en médecine et en psychiatrie. Et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée".

Mais elle a été utilisée à partir de matériaux contrôlables, c'est-à-dire des ouvrages dits de "développement personnel". En tant qu’écrivain et kinésithérapeute de formation, je me suis donné pour tâche de montrer que la littérature comme remède doit se défier tout autant du pouvoir médical que des lieux communs du bien-être de masse.


MyBOOX : Est-elle institutionnalisée en France ?

La bibliothérapie n’existe quasiment pas en France, sinon dans le domaine du développement personnel, que je ne conseille absolument pas. Publiant à Paris, en 1994, son essai intitulé Bibliothérapie. Lire, c'est guérir, Marc-Alain Ouaknin rendit compte du travail de libération et d'ouverture à l’œuvre dans la lecture des grands textes. Selon Ouaknin, la bibliothérapie consiste à rouvrir les mots à leurs sens multiples. Par la magie de l’interprétation, le livre poétique dénoue les nœuds du langage, puis les nœuds de l'âme, qui s’opposaient à la vie et à la force créatrice. La bibliothérapie ainsi comprise doit per-mettre à chacun de sortir de l’enfermement, de la lassitude, pour se réinventer, vivre et renaître à chaque instant dans la dynamique d’un langage en mouvement.

Hélas, on peut déplorer que la psychologie anglo-saxonne, en majeure partie, ne l’entende pas de cette oreille car, pour la bibliothérapie en usage outre-Manche, l’œuvre de fiction magistrale, bourrée de rythmiques revigorantes, d’une multiplicité de sens feuilletés et de métaphores caressantes, n’est pas la panacée ; elle a même été oubliée, avec le dédain le plus insultant, comme un copeau, comme une mouche. Aux ouvrages de fiction, le biblio-coach semble préférer deux catégories de textes, assurément plus manipulables par des prescripteurs peu frottés à la Bibliothèque : les livres de psychologie grand public, dont le contenu est en rapport avec la recherche d’un mieux-être (développement personnel, information sur un trouble particulier, affirmation de soi, estime de soi, lutte contre les pensées automatiques négatives…) ; et les livres dits "d’auto-traitement" (self-help books), inspirés des thérapies comportementales et cognitives (TCC), offrant une méthode de travail précise pour dissiper ses phobies, ses idées noires, ouvrages qui ont à dessein de guider et d’encadrer le patient-lecteur dans les actes de sa vie quotidienne, pour l’aider dans un processus de changement comportemental et psychologique.

Ainsi à Londres, où la lecture risque désormais d’être médicalisée, le médecin prescrit-il le livre comme un médicament que le patient ira retirer dans une bibliothèque thérapeutique. Mais inutile de rêver qu’on y promouvra d’abondance les traductions britanniques de Franz Kafka, de Charlotte Delbo ou d’Antonio Lobo Antunes, pour soigner les petits et les grands tourments. Il n’est qu’à lire les conseils d’une bible étasunienne estimant que "les œuvres recherchées en bibliothérapie [doivent être] faciles à comprendre…". D’où ces longues listes d’ouvrages convenus, qui n’ont jamais fait de mal à personne, expli-quant le plus rationnellement du monde comment ne pas se gâcher la vie afin de retrou-ver le sommeil pour ne pas craquer au travail et savoir s’affirmer…

Et quand on y pense, "facile" est un mot d’ordre effrayant, voire proprement scandaleux, car en littérature ou en poésie, c’est-à-dire en art, il n’y a précisément rien à comprendre. Je me souviens d’un collégien de quatorze ans qui s’émerveilla sept mois durant des Somnambules de Hermann Broch, précisément parce qu’il n’y comprenait rien, et en fut sauvé d’un imbroglio familial. Parfois, le fait de donner une signification à ce qu’on lit est accessoire. C’est l’infusion qu’on recherche, la fusion avec les signes du texte, l’imbibition par le texte, non son interprétation. Parfois, la question du sens est secondaire. Tout le plaisir est là. Et le vertige.


MyBOOX : Les initiatives dans ce domaine se multiplient depuis quelques années : est-ce un phénomène propre à notre époque ?
Si oui, pour quelle raison, selon vous ?


Si, la plupart du temps, la littérature est peu convoquée chez les prescripteurs, le mage Paolo Coelho et bien d’autres publications à l’eau de mélisse sont très souvent appelés à la rescousse pour faire passer les idées noires ou aider à recouvrer l’estime de soi en vingt leçons. Conclusion : un médecin ou un psychothérapeute connaît la pharmacopée (celle des molécules, celle des comportements), mais il est bien loin de connaître, avec la même acuité et la même créativité, la Bibliothèque, ses dangereux remous, ses poisons enivrants, ses baumes. Combien de décennies de lecture — à temps plein ou quasiment — pour connaître un peu des bienfaits de la Bibliothèque ? Je ne doute évidemment pas des capacités empathiques des médecins, mais bien de la profondeur de leur implication artistique, ne serait-ce que par manque de temps, ou peut-être de vocation, de motivation exclusive pour la littérature.

L’une des raisons majeures pour lesquelles une certaine bibliothérapie ne souhaite pas travailler avec les fictions littéraires, c’est qu’un même titre ne produira pas les mêmes effets sur deux lecteurs différents… La non-reproductibilité des effets produits dissuade le scientifique de manipuler un principe actif aussi aléatoire.

Or, pour ces motifs précisément, je suis plutôt représentative d'une bibliothérapie littéraire, et donc sans aucun rapport avec le coaching. Magie de la lecture artistique, qui défiera toujours les comportementalistes !
Je pense que mon atelier de formation est à ce jour le seul à ne se préoccuper que de la vraie littérature !


MyBOOX : Comment les livres sont-ils choisis ? S’agit-il de livres nécessairement joyeux ? Ou les livres dérangeants peuvent-ils aider eux aussi ?

Ni la lecture, ni l’écriture, ni la copie ne devraient être des abandons à une douceur de plume, car l’essentiel est tout de même d’être réveillé par un livre.

Après des heures de somnolence sur son sofa, à cause de la fièvre, l’hiver 1904, Kafka dolent écrivit pourtant à son ami Oskar Pollak : "On ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? Pour qu’il nous rende heureux, comme tu l’écris ? Mon Dieu, nous serions tout aussi heureux si nous n’avions pas de livres, et des livres qui nous rendent heureux, nous pourrions à la rigueur en écrire nous-mêmes. En revanche, nous avons besoin de livres qui agissent sur nous (…) — un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois."

Est-ce une coïncidence si Thomas Bernhard, malade chronique, lui aussi des poumons, fait l’apologie du livre qui secoue et ranime : "Si, je suis constamment choqué. Lisez donc mes livres, c'est un amoncellement de millions de chocs. C'est un alignement non seule-ment de phrases, mais d'impressions de choc. Un livre doit être aussi un choc…".

Or on ne peut guère choqué par des livres qui ne sont qu’un tas de stéréotypes, de phrases convenues… On ne peut être ranimé par des livres blancs, comme le dit Michel Serres, des « infra-livres », lisses, gommés : "On lit parfois des pages vides, si légères de sens qu'elles circulent aisément. (…). Pages blanches, nulles de sens, indéterminées, elles sont la pure capacité. L'argent est l'équivalent général, il vaut tout et il vaut soi-même, l'argent est le joker, il a toutes les valeurs, il a tous les sens pour n'en avoir aucun (…).

 Le texte le plus proche de l'argent est le texte le plus blanc".

Or il vaut mieux éviter le blanc si l’on veut être un lecteur actif, développant un travail psychique, renouant un lien avec ce qui le constitue. On ne reconstruit pas une représentation de soi avec du blanc. Pour que la lecture recrée une aire transitionnelle entre l’intériorité souffrante et le monde extérieur, il y faut des matériaux solides, épais, terribles, auxquels on puisse se confronter, voire s’opposer de toutes ses forces.

Sans nous raconter de séance de façon trop précise, auriez-vous la possibilité de donner quelques exemples de cas où la bibliothérapie a été utile pour des patients ?

De tous temps, la lecture a été un art de vivre par temps de catastrophe. Déportés dans les camps nazis, Primo Levi récitait Dante à son ami Pikolo ; Robert Antelme et ses compagnons se repaissaient de poésies griffonnées sur des bouts de carton. Et Charlotte Delbo, Jorge Semprun… Quant à Varlam Chalamov, qui fit l’effroyable expérience de la Kolyma, il témoigne qu’à sa libération, "la bibliothèque [de Karaïev] [l’a] ressuscité, [l’a] réarmé pour la vie autant que c’était possible."

Citez-moi un seul de ceux-là (Chalamov, Semprun…) qui aurait pu substituer à son Baudelaire un bouquin de développement personnel prônant l’estime de soi par gros temps ! Car il faut qu’un livre soit plurivoque, un épais feuilletage de sens et non pas une formule plate de conseils de vie ou de bon sens, pour avoir le pouvoir de maintenir la tête hors de l’eau et permettre de se recréer. Le bonheur de la répétition, l’hypnose revigorante autour de la rime, la mémorisation délectable, l’émerveillement devant le texte intraitable sont à mes yeux les vrais principes actifs de la bibliothérapie. Alors que le biblio-coaching, c'est-à-dire la méthode anglo-saxonne, recherche surtout des livres "faciles à comprendre".

Pour moi, je réserve le nom de bibliothérapeute au passeur qui tiendra compte de toutes les vertus du livre à la fois, et pas seulement de sa maniabilité par le soignant, de son sens ou du contenu conscient du récit…

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Si vous souhaitez suivre une formation pour ouvrir votre propre atelier de bibliothérapie créative, n’hésitez pas à joindre Régine Detambel.


Propos recueillis par Lauren Malka

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Comment les livres prennent soin de nous

La médecine contemporaine obtient de remarquables résultats mais il n’est pas de sa compétence de résoudre les questions fondamentales et éternelles de l’existence.
Or le récit — tout récit — a ce pouvoir étonnant, dans les mouvements de la lecture et de l’écriture, d’arracher à soi-même et à sa douleur, en proposant des histoires enveloppantes et du sens toujours renouvelé.
Nous avons tous lu d’authentiques romans médicaux, textes qui ont eu sur nous ce pouvoir étrange, parfois indépendant de leurs qualités littéraires, de nous libérer d’une certaine angoisse en nous montrant un autre chemin. 

Tout nous touche au corps. Se demander si la littérature est thérapeutique, c’est se demander si le langage écrit a un rapport avec le corps biologique. Les effets du langage sur le corps ne sont pas douteux : avant même que né, on baigne déjà dans la lymphe sonore du langage, celui qui vient de la langue maternelle. Et, depuis Freud, la preuve scientifique est faite que le cerveau se remanie au cours d’une psychothérapie, que le cerveau ne cesse de se remanier tout au long de la vie à l’occasion des expériences auxquelles l’individu se confronte. Ecrire est bien une activité qui mobilise le psychisme en tant qu’il est noué au corps. Quant à la lecture, elle suscite toutes sortes d’affects et active la pensée. L’homme est un être de langage. L’univers et la pensée sont articulés au langage. D'où la puissance, parfois redoutable, des mots qui modifient le monde. 
Par chaque mot, nous sommes modifiés. Pour une existence en mouvement, il faut un langage en mouvement ! Le livre est au cœur de la vie car c’est la façon la plus efficace de redonner un élan vital aux mots ensommeillés ou assommés par une utilisation répétitive et non récréatrice.

Comprendre un texte, c’est se comprendre devant le texte. Lire un texte, c’est se lire soi-même, dit Paul Ricoeur. Les mots que nous lisons n’ont pas leur fin en eux-mêmes, mais en nous. C’est bien leur vie que les lecteurs ont à configurer. Ce qu’ils cherchent dans la succession des mots est quelque chose qui modèle le présent. 
On s'en convaincra en écoutant l'émission Pas la peine de crier, sur France Culture, en mai 2012.


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Un bon livre sait nommer ce qui vous arrive… 

"En France, la première thèse de médecine sur la bibliothérapie a été soutenue en 2012 et publiée aux éditions Sauramps Médical. J’ai consulté la pauvre pharmacopée qui nous est proposée dans ces pages peu artistes : ni Franz Kafka ni Charlotte Delbo, mais le mage Paolo Coelho et bien d’autres publications à l’eau de mélisse, pour faire passer les idées noires ou vous aider à recouvrer l’estime de soi en vingt leçons. Conclusion : un médecin connaît la pharmacopée (celle des molécules), mais il est bien loin de connaître, avec la même acuité et surtout la même créativité, la Bibliothèque, ses remous, ses principes actifs, ses poisons enivrants, ses baumes.
Je ne doute évidemment pas des capacités empathiques des médecins, mais bien de la profondeur de leur implication littéraire, ne serait-ce que par manque de temps, ou peut-être de vocation, de motivation exclusive pour la littérature.
Combien de décennies de lecture — à temps plein ou quasiment — pour goûter un peu de la Bibliothèque ?
Je lis dans Valeurs mutualistes de l’automne 2013 que le Dr B., notre bibliothérapeute thésard, prescrit un livre, en cas d’angoisse ou de dépression, et « s’appuie pour cela sur Marcel Proust » (sic) : les personnes dépressives sont insensibles à une intervention extérieure, d’où l’importance de la lecture qui leur offre une « impulsion intérieure »…
Il n’est question dans cette approche à laquelle Marcel fournit une caution littéraire ni de la caresse peau-papier, ni de l’impulsion musicale. Pas non plus le moindre souci de prosodie… Comment des phrases sans rythme et sans sonorité, sans métaphore et ne portant donc que sur le sens obvie, comment ces phrases, pauvres parce qu’elles n’apportent qu’une information univoque, ont-elles la moindre chance de toucher au corps ?
Est-ce vraiment au médecin-lecteur que nous devons demander de nous expliquer l’art et la manière de nous servir des livres ? Et peut-on raisonnablement penser que quelqu'un peut maîtriser l’effet d’un livre sur le lecteur ? Car tout principe actif est à la fois remède et poison… Sans parler du péril qui croît à la racine même de ce dangereux désir de diriger la lecture de l’autre, seul lieu de braconnage qui restait pourtant à nos pensées constamment surveillées par l’électronique ou par le politique !
Et puis, quel médecin inspiré prendrait le risque suicidaire de vous prescrire Etty Hillesum pour vous apprendre à vivre heureux en milieu hostile, ou bien la grande Colette pour vous accompagner sur ce chemin qu’on appelle le vieillissement, la Colette de La Naissance du jour, qui offre avec générosité les règles de son merveilleux « savoir-décliner », à la fois renoncement et renouveau face à la vieillesse ?
Quel psychologue ardent osera conseiller en cas d’asthénie la merveilleuse folie de Marina Tsvetaieva, qui s’était soignée toute sa vie aux vapeurs de la poésie, et avait bien pressenti son purgatoire : « A quoi sert tout mon travail de vingt ans, toute ma vie ? — A amuser les bien-portants qui s’en passent. »

A tout âge, la vie humaine est autocréation. Un être ne peut se comprendre, se libérer, répondre de soi que dans la mesure où il a conscience de se produire soi-même, où il se vit comme sujet de son existence. C’est pourquoi la lecture est hautement réparatrice. Quand la biomédecine fait de vous un corps-machine qui ne fonctionne plus et vous plonge dans le noir, quand vous êtes réduit à un corps suspect et brutalement exclu du monde par ces expériences intimes que sont le vieillissement ou la solitude, qui isolent et terrifient, la lecture est là pour vous réinsuffler du souffle, du désir et du sens.
Jusqu’au bout, en tout cas tant que la douleur peut être tenue en respect, la littérature vous relie à la communauté des très grands vivants, que vous soyez lecteur ou écrivain-lecteur.
Certaines lectures raniment. Certains écrits raniment.
Dans la détresse physique, le handicap ou la grande vieillesse, le livre permet d’élaborer ou de restaurer un espace à soi. Contre la passivité et la perte d’autonomie, misons sur la lecture pour sauver à la fois la littérature et nos têtes… à charge pour nous, écrivains, de prouver chaque jour que la littérature peut toucher au corps !"

© Régine Detambel


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The Fine Books Blog
Bibliotherapy - The Healing Power of Books

BY BARBARA BASBANES RICHTER

Talk therapy is nothing new, but how about bibliotherapy? I’m not talking about self-help publications, but rather using literature as a means to physical and psychological salvation. And really, who else but the French, the beneficiaries of a literary patrimony that dates from the 9th century, would be at the vanguard of such a movement.

Régine Detambel, award-winning author of more than thirty books and a Chevalier of Arts and Letters, is also a licensed physiotherapist, and maintains that bibliotherapy, in some form or another, dates back to antiquity. Many of her books (La Splendeur, Opéra sérieux, Son corps extrême,) explore the aging process and how to live (and die) with grace. As a writer and as a physiotherapist, she is a healer with her hands, and Detambel believes that literature can be found everywhere - in the air we breathe, in our bodies, and in the various liminal moments of our lives (birth, marriage, death). “Everything is literature if we know where to look,” Detambel graciously wrote to me, explaining bibliotherapy in detail: “I didn’t create bibliotherapy. It existed in ancient Greece and Rome, and was revived after World War I to heal soldiers who had experienced psychological trauma at the front.” Poetry and literature became part of her “creative bibliotherapy” (bibliocréativité as Detambel coined it), and has found immense success and personal satisfaction through her efforts. “I think that working with the energy of an author, with poetry and metaphor, with stylistic and textual arrangements and so forth is extremely effective to revitalize the psyche,” Detambel continued. “We are all beings of language, and so it is necessary to move and to shift the language that resides within us so that our efforts are rewarded positively.” 

Detambel has played with the idea of bibliotherapy for as long as she has put pen to paper, but it was after writing a short story about skin (Petit éloge de la peau, Folio, Gallimard, 2006) that she recognized an analogy between skin and paper. “Books are caresses, in the strongest sense of the term!” she wrote. Hosting daylong seminars from her hometown nestled in the southern region of Languedoc-Roussillon, Detambel teaches aspiring bibliotherapists -- nurses, doctors, psychologists, booksellers and librarians -- how books can help people better understand themselves and to reconnect with the world. “There’s more to bibliotherapy than just handing a book to someone and leaving them alone. There’s a certain rapport between the text and the body that must be considered too. Even before one’s eyes settle on the text, we must consider body posture, breathing, voice, and other physical considerations. I teach my trainees how to renew the dialogue between words and the body.”

Some of Detambel’s most rewarding work happens at retirement facilities, where she meets people whose psyches are often “abandoned, because culture is so rarely allowed to pass through the doors of establishments set up for the elderly,” she explained. “I don’t want these people to be left without words that could help them reestablish contact with their internal world. These people live in a sterile, naked, even cruel world. And unfortunately, they’re not alone.” Books themselves aren’t the cure, but they can be part of a curative program where literature nourishes the body, mind, and soul.

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Pas la peine de crier, une émission de Marie Richeux, sur France Culture, 30 mai 2012

"Après l’émission Pas la peine de crier du 30 mai 2012, sur France Culture, Régine Detambel a bien voulu poursuivre la discussion hors antenne mais bien en ligne. Son travail d'écrivain, nous dit-elle, est d’opérer « la synergie entre le corps, la voix et la littérature dans ce qu’elle a de plus corporel ». Kinésithérapeute de formation, elle intervient régulièrement sur la pratique de la bibliothérapie." (Cyril Baert & Marie Richeux, France Culture, Post-Auditum)

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La Dépêche du Midi,
26 octobre 2012

Tarbes. Comment les livres prennent soin de vous ?
L'écrivain Régine Detambel a donné une conférence sur les vertus thérapeutiques de la lecture et de l'écriture.
« Un bon livre est un livre qui vous comprend et sait nommer ce qui vous arrive. » Régine Detambel est un écrivain du sensible, convaincue que le lecteur ou l'auteur entretient un lien physique avec le livre ou l'acte d'écrire. « Peu de gens savent que les livres soignent. Pourtant, ils ont le pouvoir de vous soigner par le sens de leur histoire, la mélodie et la musicalité de leurs mots, le toucher sensuel du papier. » Auteur d'une quarantaine d'ouvrages, cette ancienne kiné a décidé de faire partager son expérience au plus grand nombre. Dans le cadre de la Quinzaine littéraire et artistique de l'Atelier imaginaire, elle a donné une conférence sur le thème « Comment les livres prennent soin de nous », au lycée Théophile-Gautier. Ce qu'elle nomme avec justesse la « bibliothérapie » est un traitement naturel qui peut avoir des effets secondaires : celui de fuir nos existences étriquées et toutes tracées vers des horizons insoupçonnés. Les médecins se nomment Ernest Hemingway, Colette, Camille Laurens et Kenzaburô Oé et leur ordonnance se lit sur des centaines de pages, sans prescription de doses. La littérature est un remède universel.
C. M.

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La Grande Librai
rie, une émission de François Busnel, 13 février et 29 mai 2014

L'écrivain et bibliothérapeute Régine Detambel parle de ses ouvrages et de sa conception de la "bibliothérapie".

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Entretien avec Lauren Malka, pour MyBoox.fr, 19/05/2014
Régine Detambel "Les livres soignent"

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Entretien avec Marie Torres pour MicMag.net, 3 juin 2014
"Nous avons besoin du récit pour vivre !", juin 2014.

Auteur de plusieurs romans et d’un essai sur la vieillesse, Régine Detambel, née en 1963, est aussi kinésithérapeute de formation et bibliothérapeute, une thérapie qui vise à soigner par la lecture… Rencontre et explications.
Micmag.net : Vous êtes romancière, kinésithérapeute mais aussi bibliothérapeute. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette thérapie ?
Régine Detambel : Peu de gens savent que les livres soignent. Pourtant, ils ont le pouvoir de nous soigner par le sens de leur histoire, la mélodie et la musicalité de leurs mots, le toucher sensuel du papier… Depuis toujours, les récits ont ce pouvoir étonnant, dans les mouvements de la lecture ou de l’écriture, d’arracher à soi-même et à sa douleur, en proposant des fictions enveloppantes et du sens toujours renouvelé.

M : Comment expliquez-vous ce processus ?
R.D. : Nous avons besoin du récit pour vivre, nous avons besoin d’une « régurgitation linguistique de notre expérience » comme le dit Pascal Quignard. La nécessité du récit est la spécificité de l’humain. Tout ce qui est humain circule en nous et se transmet par des histoires, des mythes et des légendes qui, avec les contes, participent de cette tradition orale où se dit le secret de la naissance et de la mort en une parole que seul l’inconscient peut entendre.

M : L’histoire doit être « belle » pour faire du bien ?
R.D. : Non, pas nécessairement car le « beau » est culturel, dépend des modes ! En revanche il faut une œuvre de fiction magistrale, bourrée de rythmiques revigorantes, d’une multiplicité de sens feuilletés et de métaphores caressantes. Les grands livres sont de puissantes panacées.

M : Comment pratiquez-vous ?
R.D. : Pendant cinq années, j'ai initié de nombreux bibliothécaires à la bibliothérapie, mais je souhaite maintenant former individuellement des personnes très motivées qui pourront alors ouvrir leur atelier de bibliothérapie dans leur établissement, ou bien transmettre cette pratique à d’autres. Aujourd’hui je ne m’adresse plus seulement à des bibliothécaires, mais j’ouvre ma formation aux animateurs, psychologues, professions liées au soin, enseignants, libraires, lecteurs convaincus...
 La formation consiste en une journée de travail. La matinée est consacrée à la théorie, et l’après-midi à la pratique.

M : Délivrez-vous des « ordonnances » ?
R.D. : A l’inverse des bibliothérapeutes anglo-saxons, je me méfie un peu des textes prescrits. J’aime que les patients-lecteurs cherchent eux-mêmes les ouvrages qui leur parleront profondément, mais je peux les mettre sur la piste en lisant des extraits par exemple.

M : Quels sont les motifs de consultation les plus courants ?

R.D. : Le manque de sens dans la vie est un des signes d’appel récurrents. Mais tout est du ressort des livres, du chagrin d’amour au sentiment de perte d’estime de soi. Je donne souvent l’exemple de Philippe Forest ou de Camille Laurens, sauvés par la littérature après la perte de leur enfant.

M : Que pensez-vous des ouvrages de « Développement personnel » ? Peuvent-ils être « prescrits » en accompagnement d’un bon roman ?
R.D. : Je n’aime pas du tout ce type d’ouvrages qui ne parle pas à l’inconscient et assène des conseils d’hygiène de vie, sans aucune figure de style ni aucun souci esthétique. Or ce sont précisément les figures de style qui parlent à l’inconscient, surtout la métaphore, évidemment !

M : Mais pour vous la littérature ne guérit pas seulement « l’âme » : dans plusieurs de vos ouvrages vous évoquez la guérison des corps – Corps extrême, Opéra sérieux -, la vieillesse aussi avec Syndrome de Diogène, éloge des vieillesses

R.D. : Vous savez, le corps et l’esprit ne sont qu’une seule et même entité. Les livres parlent au corps aussi ! On dit que la lecture à haute voix fait autant de bien qu’une promenade en forêt.

M : On peut dire que la bibliothérapie est à consommer sans modération notamment en temps de crise où le moral est souvent en berne : elle aide à se sentir mieux, elle évite la prise de médicaments et, donc, contribue à réduire le déficit de la sécurité sociale… en contrepartie elle augmente notre propre budget « culture » ce qui rejoint tout à fait le raisonnement de Victor Hugo « En temps de crise, il faut doubler le budget de la Culture » !
R.D. : Oui, oui, c’est une conséquence des crises. Après les attentats du 11-Septembre, la vente de fictions a décuplé aux Etats-Unis ! Les gens se cherchent, cherchent un sens dans les bons livres !



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