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Ateliers & formation à la Bibliothérapie
Ateliers & formation à la Bibliothérapie

Pour suivre ou animer un atelier thérapeutique par le récit…


Date de parution : 2019
Dit par l'auteur
Présentation Presse Nota Bene

1 / FORMATION EN BIBLIOTHERAPIE CREATIVE


Contexte :
Crise économique, crise de sens, crise existentielle… La vie ne manque pas d’épreuves à traverser et la bibliothèque peut-être un refuge pour nos souffrances humaines. Pour faire face aux défis de l’existence, à tous les âges de la vie, il est bon de se ressourcer en contactant sa créativité. Mais est-ce que le quotidien nous en donne l’occasion ? Comment les livres peuvent-ils apporter un nouvel élan ? Est-ce que les textes peuvent nous aider à vivre ? Comment sortir des prescriptions des manuels de développement personnel ?
Pour envisager tous ces questionnements, je vous invite à vous former à la bibliothérapie créative.


Définition :
La bibliothérapie créative (que Régine Detambel a renommée "biblio-créativité") est une animation culturelle relationnelle mobilisant divers outils (lecture à voix haute, écriture, dessin, carnets, médiation par les objets…) et permettant d'accompagner tous les publics en quête de sens, d'éveil ou d'apaisement, des enfants aux sujets âgés. Elle permet de se former à l'utilisation de textes pour "prendre soin".
Cette formation à l'animation d'ateliers de bibliothérapie créative abordera les points suivants : comment les textes agissent-ils sur nous ? Comment ils remodèlent notre intériorité ? Comment ils nous donnent l'envie ou le pouvoir d'agir ? De nous transformer ? Comment créer sa propre animation ?


Objectifs :
- proposer un lieu de ressources expressives et créatives en bibliothèque ou en cabinet, et améliorer la qualité de l'accueil des publics fragiles ou empêchés ;
- contribuer à l'éveil symbolique des enfants et favoriser la constitution des liens ;
- accompagner des adultes en quête de sens, de liberté ou d’apaisement ;
- nourrir et redynamiser le psychisme des sujets âgés, très isolés en institution ;
- permettre aux patients la réinvention de soi (addictologie, douleurs chroniques…) ;
- (r)éveiller la capacité narrative, susciter l’émergence des souvenirs, relancer la disponibilité créatrice de chacun…


Objectifs pour les professionnels des bibliothéques et de l'animation :
- Améliorer la qualité de l'accueil de personnes en souffrance ;
- Découvrir un nouveau type d'animation ;
- Envisager une animation ponctuelle ou régulière dans sa structure ;
- Sensibiliser à l'utilisation de textes pour "prendre soin".


Méthodologie :
- Qu'est-ce que la bibliothérapie ?
- Approches spécifiques à la bibliothérapie ;
- Outils de la bibliothérapie (en quoi sont-ils spécifiquement dédiés à l'animation biblio-thérapeutique ?) ;
- Déroulement d'une séance ;
- Que fait le bibliothérapeute ?
- La posture créative, le cadre.


Vous êtes professionnel du livre ou bien soignant, animateur, bénévole ou simple particulier, et souhaitez ajouter un nouvel outil à votre pratique d’accompagnement des personnes, inscrivez-vous à une formation en bibliothérapie créative !

Vous aimez lire… les livres en papier, la poésie, les romans, tous les genres…

Vous attachez de l’importance à l’écriture… de carnets, de journaux, de griffonnages, de fictions…

Vous êtes sensible à la voix… la vôtre, celles des autres, lisant à voix haute, contant, chantant, se racontant…

Vous souhaitez accompagner des personnes en quête de sens ou d'apaisement…

Vous souhaitez ajouter à votre pratique un outil humaniste et créatif…

Ce module est une approche utile pour le soutien de personnes en difficulté, ou encore simplement pour favoriser la créativité de chacun et l'accès à "la vie pleine". Il aborde la manière de choisir puis de lire et/ou faire lire, à voix haute, des textes littéraires. Il mobilise également différents autres outils d'expression de soi afin de construire un véritable atelier créatif.

Le ministère de la Culture reconnaît, depuis janvier 2019, grâce au rapport de Sophie Marinopoulos, psychologue de l'Enfance et de la Famille, la réalité du concept de Santé Culturelle contre la « malnutrition culturelle », reliant ainsi officiellement ce qui l'était déjà naturellement : les textes et le soin.

Cette formation vous est ouverte !

Informations et inscription : regine.detambel@orange.fr
(Si vous n'avez pas reçu de réponse à votre message de contact dans les 5 jours, merci de m'appeler par téléphone au 06 81 77 72 89. Vérifiez également les spams…)

Programme : - Aborder les effets thérapeutiques des textes. - Le récit de soi. - Animer son propre atelier de bibliothérapie créative. - La bibliothérapie dans le monde. - Des outils pour choisir les textes à partager. - Utiliser la voix haute. - Ateliers d’écriture et bibliothérapie. - Peau et papier. - Carnet créatif. - Cadre psychologique, posture éthique. - Comment ouvrir un atelier de bibliothérapie - La bibliothérapie créative dans l'animation. - Animations en bibliothèque, en EHPAD, en cabinet libéral, en associations diverses... - Se constituer une bibliothèque « thérapeutique »... - Ateliers itinérants...


La formatrice : Régine Detambel est écrivaine (Actes Sud, Gallimard…), masseur-kinésithérapeute D.E., titulaire du master 2 de Lettres Modernes, chargée de cours dans le cadre du DU Ethique et maladie d'Alzheimer à la Faculté de médecine de Montpellier, Chevalier des Arts et Lettres. Elle a présenté sa méthode de biblio-créativité, à Florence, en 2017, lors du XVIII Congrès Mondial de Psychiatrie Dynamique, Creative Process in Psychotherapy and Psychiatry, ainsi qu’au Colloque de Médecine Narrative organisé par la Faculté de Médecine de Paris-Créteil (octobre 2017). Elle est intervenue à l'INECAT, école d'art-thérapie… 

Durée formation : formation individuelle en 1 à 2 journées (en présence ou à distance)

Les formations de groupe, sur 2 journées, sont possibles sur demande, en présence à Montpellier-Juvignac ou à distance (BDP, bibliothèques, établissements hospitaliers…)


Dates formation en présence à Montpellier-Juvignac ou à distance (Skype, WhatsApp, FaceTime, Teams, Zoom…), ou sur site 
: toute l'année

Contacter la formatrice : regine.detambel@orange.fr
(Si vous n'avez pas reçu de réponse à votre message de contact dans les 48 h, merci de m'appeler par téléphone au 06 81 77 72 89.

Plus d'information dans le HuffPost (ITW de Marine Le Breton, août 2020) : cliquez ici

Voir les videos : cliquez ici 

Voir une conférence de Régine Detambel sur la bibliothérapie : cliquez ici 

Supervision
: une fois la formation effectuée, et après quelques expériences sur le terrain, vous pouvez éprouver le besoin de vous ravitailler en textes neufs, en nouveaux contenus d'ateliers de biblio-créativité ou de mini-ateliers d'écriture. Nous pouvons consacrer alors ensemble trois-quarts d'heure à ce petit rafraîchissement de votre créativité. N'hésitez pas à me faire signe !

L'initiation au recueil de récits de vie peut idéalement compléter l'atelier de bibliothérapie.

Découvrir l'entretien avec Armelle Gamelin pour NEON : cliquez ici.

Découvrir l'entretien avec Michel Cymes/Cécile Coumau pour Dr Good : cliquez ici

France Bleu (décembre 2020) : cliquez ici

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2 / CABINET DE BIBLIOTHERAPIE

Participez à un atelier de biblio-créativité ! 

Vous passez un cap de votre existence… et cherchez un nouvel élan…

Vous avez besoin de vous rassembler… en entamant votre récit de vie…

Vous souhaitez retrouver votre créativité… car vous n’osez pas (ou plus) écrire, dessiner, chanter…

Vous êtes sensible à la voix, aux poèmes, aux fictions…

Vous souhaitez remettre de l'enthousiasme dans votre vie, pour renaître et vous découvrir…

Inscrivez-vous à un atelier individuel de biblio-créativité, en présentiel ou à distance (visio ou téléphone…) !

Informations et inscription : regine.detambel@orange.fr

La presse en parle : cliquez ici

Un reportage de Lucie Hennequin pour le Huffington Post cliquez ici


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Presse

Magazine Sciences Humaines, Numéro spécial "Le pouvoir de la littérature", janvier 2020, voir l'article de Régine Detambel, "Littérature, remède à nos douleurs".  
Canal+, Le Grand Journal, visionner la présentation d'Augustin Trapenard ici
TF1 (5 avril 2015), visionner le reportage ici
La Grande Librairie, France 5, 16 avril 2015, visionner ici
France Inter (L'Heure des rêveurs, de Zoé Varier, 17 avril 2015), écouter ici
Lire (avril 2015), Livres Hebdo (19 mars 2015)…
Micmag.net, "Les récits ont ce pouvoir étonnant", avril 2015.
L'Express, 29 avril 2015.
Le Monde, le feuilleton d'Eric Chevillard, avril 2015
Télérama, juin 2015.
La Bibliothèque Médicis, LCP, 3 juillet 2015.
La Grande Librairie, France 5, 28 mai 2015, visionner ici
Sciences Humaines, n° 273, juillet-août 2016, Les pouvoirs de l'imaginaire. La littérature aide-t-elle à vivre ? par Héloïse Lhérété.

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Entretien avec Armelle Camelin pour NEON, août 2019
A découvrir ici.

Comment se soigner grâce aux livres ?
par Armelle Camelin, 21 août 2019
 
Régine Detambel est écrivain et formatrice en bibliothérapie. Alors que nous consacrons 6 pages dans le dernier numéro de NEON au fait de (ré)apprendre à aimer lire, nous lui avons demandé de nous initier à cette pratique et de nous expliquer si les livres soignent.
 
NEON, magazine littéraire (lol) : Qu’est-ce que la bibliothérapie ?
Régine Detambel, bibliothérapeute : La bibliothérapie la plus célèbre, c’est celle qui a déferlé sur la France il y a quelques années. Il s’agit de prescription de livres : on va vous dire de lire tel ou tel livre en fonction de vos “symptômes”. Moi, ce que je propose, c’est de la bibliothérapie créative, de la bibliocréativité.
A l’aide de livres, de textes, de passages, je stimule la créativité de toutes sortes de personnes, et en particulier ceux qui ne lisent pas ou ceux pour qui lire veut dire torture.

C’est exagéré alors de dire qu’on peut guérir avec un livre ?
Tout dépend de ce que vous en faites et comment vous le recevez. On peut aussi se faire beaucoup de mal avec un bouquin ! Surtout quand il est bourré de stéréotypes, jeunistes ou sexistes. Quand on lit un livre, il faut bien le choisir, pour ne pas étouffer dans le cadre.
C’est impossible de dire “tel livre est bon et fait du bien”. Je dirais plutôt qu’un passage ou qu’une métaphore est bonne. Mais quoi qu’il arrive, ça peut l’être pour vous, mais pas pour mon voisin.

A qui s’adresse cette forme de bibliothérapie ?
LES LIVRES SONT UN MOYEN D’EXPLIQUER AUX PERSONNES QU’ELLES SONT LES ARTISTES DE LEUR VIE. Tout le monde peut en profiter. Tous ceux qui ont besoin de redevenir créatif. Ça peut être quand on vit en maison de retraite, quand on vit un chagrin d’amour, un licenciement. Ce n’est pas dans la culture française d’être créatif. Il y a des pays dans lesquels tout le monde joue d’un instrument de musique. En France, on peut traverser sa vie sans en toucher un. Les livres sont un moyen d’expliquer aux personnes qu’elles sont les artistes de leur vie. Leur oeuvre, c’est elles-mêmes, et le récit qu’elles en font. J’essaie de faire en sorte que ces personnes renouvellent leur appétit de vivre au contact du texte, au contact de son rythme, de son énergie.

Avez-vous un exercice de bibliothérapie à me donner ?
Lisez, mais lisez à voix haute parce que ça permet la pleine conscience. Si vous lisez dans votre tête, vos idées tristounes vont vous rattraper. Alors qu’à voix haute, il faudra penser à votre respiration. C’est de l’ordre de la méditation. Parfois, c’est difficile de sortir de soi. Quand on est dans le silence, on repart dans ses idées noires. En lisant tout haut, vous n’ingurgiterez pas le livre, vous le savourerez !
 
Si vous deviez quand même me “prescrire” qu’un livre, ce serait lequel ?
La vie voyage, d’Andrée Chedid. C’est une poésie. Personne ne pourra vous dire ce qu’il y a dedans parce que personne n’en sait rien : tout le monde interprète différemment. La poésie est l’un des derniers lieux de liberté existant. J’ai remarqué, tout au long de ma carrière, que la poésie contemporaine est très efficace sur le psychisme humain, presque sans qu’on s’en rende compte. C’est grâce aux images que chacun comprend comme il le veut. Le mécanisme de l'interprétation nous redynamise et nous permet de nous réinventer.

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Entretien pour MicMag.net, "Nous avons besoin du récit pour vivre !", juin 2014
A découvrir ici

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Entretien pour ActuaLitté, "La lecture, dernier lieu de liberté", août 2014
A découvrir ici

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Questions posées par Carole Mock (Lausanne) - avril 2016

Q. Les personnes dépressives ou/et qui prennent des médicaments ont souvent de la peine à se concentrer, d’où une difficulté à lire. Que leur conseillez-vous de faire, existe-t-il des ouvrages adaptés à leur situation ?

R.D. C’est dans cas précisément que la bibliocréativité à laquelle je forme des stagiaires, qu’ils soient soignants ou littéraires, peut aider remarquablement. En effet mon principe n’est pas de prescrire à un livre à une personne qui ira, dans la solitude et le silence, le parcourir avec les yeux. Ce qui m’intéresse est au contraire que, dans le groupe de bibliocréativité, en présence du bibliothérapeute, la lecture, le texte se jouent au travers du corps, du souffle, des bouches et des ventres. On lit à haute voix, sur place, avec les autres, on existe enfin physiquement au travers d’un texte, et cela, le déprimé peut le vivre avec beaucoup de bénéfice. 


Q. Que peut-on lire avec des personnes très âgées ? Des livres pour enfants peuvent-ils convenir ?

R.D. On peut tout lire avec des personnes âgées. Je rappelle que mon principe consiste à accompagner l’autre dans la lecture à haute voix, à l’aider à s’entendre de nouveau vibrer de l’intérieur, à s’entendre prononcer des mots, des phrases qu’il ne s’est pas entendu dire depuis des années ! Les personnes âgées ne sont pas des enfants. Elles ont tout à fait la possibilité de résoudre, quel que soit leur âge, des problèmes existentiels. Reste à savoir choisir les extraits à leur proposer, et c’est bien ce à quoi je forme mes stagiaires, notamment à connaître les paramètres de sélection qui les aideront à donner du sens et de la créativité à la vie de ces personnes abandonnées par la langue, abandonnées par le récit.


Q. Quels sont les bienfaits de la lecture pour les patients psychiques en particulier ?

R.D. Pour tous, bien-portants ou patients, la littérature transmise par le bibliothérapeute représente une fête, c’est-à-dire un moment où, au sein d’un groupe ou en individuel, on va se mettre à s’enrichir, se nourrir d’images, de figures de style, de métaphores, qui vont nous permettre, généralement inconsciemment, de reconstruire notre vie, de recoudre notre « moi-peau », si abîmé par chaque journée. La  bibliothérapie créative apporte au patient à la fois le contenant et le sens, c’est-à-dire la parole enveloppante et berçante qui apaise, ainsi que l’ordre du récit qui vient remettre un peu d’ordre dans le chaos de la vie. 

Questions posées par Carole Mock, Atelier Communication du graap | fondation groupe d'accueil et d'action psychiatrique à Lausanne

L’Echo - N° 40 / Avril - Mai 2016

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Entretien avec Lauren Malka, pour MyBoox.fr, 19/05/2014

Régine Detambel "Les livres soignent"


Connaissez-vous la bibliothérapie ? C’est à cette forme de soin thérapeutique très particulière, qui consiste à remplacer les médecins par des auteurs et les ordonnances par des livres, que la romancière Régine Detambel, Grand prix de la Société des Gens de Lettres pour l'ensemble de son œuvre, se consacre depuis plusieurs années. D'où vient la bibliothérapie, en quoi consistent les séances, pourquoi suscite-t-elle un attrait récent ? Régine Detambel nous raconte tout.

MyBOOX : Pourquoi avez-vous décidé de vous orienter dans la bibliothérapie ? Et en quoi consiste votre atelier précisément ?

Régine Detambel : Les livres soignent. Ils ont le pouvoir de nous apaiser par l’ordre de leur syntaxe, le rythme et la musicalité de leurs phrases, le toucher sensuel de leur papier… Les récits ont ce pouvoir étonnant, dans les mouvements de la lecture ou de l’écriture, d’arracher à soi-même et à sa douleur, en proposant des fictions enveloppantes et du sens toujours renouvelé.


J'initie de nombreux bibliothécaires à la bibliothérapie, mais je forme également des personnes très motivées qui pourront alors ouvrir leur atelier de bibliothérapie dans leur établissement, ou bien ajouter l'outil bibliothérapeutique à leur pratique libérale.Cette formation est donc ouverte aux bibliothécaires, mais aussi aux animateurs, psychologues, professions liées au soin, art-thérapeutes, enseignants, lecteurs convaincus...
La formation consiste en trois à cinq séances à distance ou bien un à deux jours de présence.  


MyBOOX : Avez-vous personnellement, pour vous-même, eu recours aux livres dans une démarche de soin ?

J’ai toujours eu la vocation pour le soin et pour les livres ! Ma formation de masseur-kinésithérapeute et ma passion pour la littérature m’ont évidemment conduite à concilier les deux dans cette sorte de "poésie-thérapie". Je pense que pour chacun de nous le livre concerne le soin, le soin au sens large.

J’ai beaucoup parlé déjà de mon rapport aux sujets âgés et de mes travaux sur le sujet (notamment Le syndrome de Diogène, éloge des vieillesses) et l’urgence qu’il y a à apporter le livre dans les maisons de retraite, par exemple, mais pas seulement. Ranimer par les livres des sujets souffrants, en hôpital ou en hospice, dans les associations ou dans les bibliothèques, me semble vraiment une urgence sanitaire. Dans la détresse physique ou psychique, dans le handicap ou la grande vieillesse, le livre permet d’élaborer ou de restaurer un espace à soi.

Contre la passivité et la perte d’autonomie, la lecture est la reconquête d’une position de sujet. C’est ainsi que la bibliothérapie a pour effet d’élargir nos existences étriquées et toutes tracées, et de les relancer vers des horizons insoupçonnés.


MyBOOX : 
Depuis quand la bibliothérapie existe-t-elle ?

Il a fallu attendre 1961 pour découvrir dans le Webster International la définition suivante : "La bibliothérapie est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques en médecine et en psychiatrie. Et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée".

Mais elle a été utilisée à partir de matériaux contrôlables, c'est-à-dire des ouvrages dits de "développement personnel". En tant qu’écrivain et kinésithérapeute de formation, je me suis donné pour tâche de montrer que la littérature comme remède doit se défier tout autant du pouvoir médical que des lieux communs du bien-être de masse.


MyBOOX : Est-elle institutionnalisée en France ?

La bibliothérapie n’existe quasiment pas en France, sinon dans le domaine du développement personnel, que je ne conseille absolument pas. Publiant à Paris, en 1994, son essai intitulé Bibliothérapie. Lire, c'est guérir, Marc-Alain Ouaknin rendit compte du travail de libération et d'ouverture à l’œuvre dans la lecture des grands textes. Selon Ouaknin, la bibliothérapie consiste à rouvrir les mots à leurs sens multiples. Par la magie de l’interprétation, le livre poétique dénoue les nœuds du langage, puis les nœuds de l'âme, qui s’opposaient à la vie et à la force créatrice. La bibliothérapie ainsi comprise doit permettre à chacun de sortir de l’enfermement, de la lassitude, pour se réinventer, vivre et renaître à chaque instant dans la dynamique d’un langage en mouvement.

L’une des raisons majeures pour lesquelles une certaine bibliothérapie ne souhaite pas travailler avec les fictions littéraires, c’est qu’un même titre ne produira pas les mêmes effets sur deux lecteurs différents… La non-reproductibilité des effets produits dissuade le scientifique de manipuler un principe actif aussi aléatoire.

Or, pour ces motifs précisément, je suis plutôt représentative d'une bibliothérapie littéraire, et donc sans aucun rapport avec le coaching. Magie de la lecture artistique, qui défiera toujours les comportementalistes !


MyBOOX : Comment les livres sont-ils choisis ? S’agit-il de livres nécessairement joyeux ? Ou les livres dérangeants peuvent-ils aider eux aussi ?

Ni la lecture, ni l’écriture, ni la copie ne devraient être des abandons à une douceur de plume, car l’essentiel est tout de même d’être réveillé par un livre.

Après des heures de somnolence sur son sofa, à cause de la fièvre, l’hiver 1904, Kafka dolent écrivit pourtant à son ami Oskar Pollak : "On ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? Pour qu’il nous rende heureux, comme tu l’écris ? Mon Dieu, nous serions tout aussi heureux si nous n’avions pas de livres, et des livres qui nous rendent heureux, nous pourrions à la rigueur en écrire nous-mêmes. En revanche, nous avons besoin de livres qui agissent sur nous (…) — un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois."

Or on ne peut guère être éveillé par des livres qui ne sont qu’un tas de stéréotypes, de phrases convenues… On ne peut être ranimé par des livres blancs, comme le dit Michel Serres, des « infra-livres », lisses, gommés : "On lit parfois des pages vides, si légères de sens qu'elles circulent aisément. (…). Pages blanches, nulles de sens, indéterminées…"
Or il vaut mieux éviter le blanc si l’on veut être un lecteur actif, développant un travail psychique, renouant un lien avec ce qui le constitue. On ne reconstruit pas une représentation de soi avec du blanc. Pour que la lecture recrée une aire transitionnelle entre l’intériorité souffrante et le monde extérieur, il y faut des matériaux solides, épais, terribles, auxquels on puisse se confronter, voire s’opposer de toutes ses forces.

Pour moi, je réserve le nom de bibliothérapeute au passeur qui tiendra compte de toutes les vertus du livre à la fois, et pas seulement de sa maniabilité par le soignant, de son sens ou du contenu conscient du récit…

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Propos recueillis par Lauren Malka

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Comment les livres prennent soin de nous

La médecine contemporaine obtient de remarquables résultats mais il n’est pas de sa compétence de résoudre les questions fondamentales et éternelles de l’existence.
Or le récit — tout récit — a ce pouvoir étonnant, dans les mouvements de la lecture et de l’écriture, d’arracher à soi-même et à sa douleur, en proposant des histoires enveloppantes et du sens toujours renouvelé.
Nous avons tous lu d’authentiques romans médicaux, textes qui ont eu sur nous ce pouvoir étrange, parfois indépendant de leurs qualités littéraires, de nous libérer d’une certaine angoisse en nous montrant un autre chemin. 

Tout nous touche au corps. Se demander si la littérature est thérapeutique, c’est se demander si le langage écrit a un rapport avec le corps biologique. Les effets du langage sur le corps ne sont pas douteux : avant même que né, on baigne déjà dans la lymphe sonore du langage, celui qui vient de la langue maternelle. Et, depuis Freud, la preuve scientifique est faite que le cerveau se remanie au cours d’une psychothérapie, que le cerveau ne cesse de se remanier tout au long de la vie à l’occasion des expériences auxquelles l’individu se confronte. Ecrire est bien une activité qui mobilise le psychisme en tant qu’il est noué au corps. Quant à la lecture, elle suscite toutes sortes d’affects et active la pensée. L’homme est un être de langage. L’univers et la pensée sont articulés au langage. D'où la puissance, parfois redoutable, des mots qui modifient le monde. 
Par chaque mot, nous sommes modifiés. Pour une existence en mouvement, il faut un langage en mouvement ! Le livre est au cœur de la vie car c’est la façon la plus efficace de redonner un élan vital aux mots ensommeillés ou assommés par une utilisation répétitive et non récréatrice.

Comprendre un texte, c’est se comprendre devant le texte. Lire un texte, c’est se lire soi-même, dit Paul Ricoeur. Les mots que nous lisons n’ont pas leur fin en eux-mêmes, mais en nous. C’est bien leur vie que les lecteurs ont à configurer. Ce qu’ils cherchent dans la succession des mots est quelque chose qui modèle le présent. 
On s'en convaincra en écoutant l'émission Pas la peine de crier, sur France Culture, en mai 2012.


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Un bon livre sait nommer ce qui vous arrive… 

"En France, la première thèse de médecine sur la bibliothérapie a été soutenue en 2012 et publiée aux éditions Sauramps Médical. J’ai consulté la pauvre pharmacopée qui nous est proposée dans ces pages peu artistes : ni Franz Kafka ni Charlotte Delbo, mais le mage Paolo Coelho et bien d’autres publications à l’eau de mélisse, pour faire passer les idées noires ou vous aider à recouvrer l’estime de soi en vingt leçons. Conclusion : un médecin connaît la pharmacopée (celle des molécules), mais il est bien loin de connaître, avec la même acuité et surtout la même créativité, la Bibliothèque, ses remous, ses principes actifs, ses poisons enivrants, ses baumes.
Je ne doute évidemment pas des capacités empathiques des médecins, mais bien de la profondeur de leur implication littéraire, ne serait-ce que par manque de temps, ou peut-être de vocation, de motivation exclusive pour la littérature.
Combien de décennies de lecture — à temps plein ou quasiment — pour goûter un peu de la Bibliothèque ?
Je lis dans Valeurs mutualistes de l’automne 2013 que le Dr B., notre bibliothérapeute thésard, prescrit un livre, en cas d’angoisse ou de dépression, et « s’appuie pour cela sur Marcel Proust » (sic) : les personnes dépressives sont insensibles à une intervention extérieure, d’où l’importance de la lecture qui leur offre une « impulsion intérieure »…
Il n’est question dans cette approche à laquelle Marcel fournit une caution littéraire ni de la caresse peau-papier, ni de l’impulsion musicale. Pas non plus le moindre souci de prosodie… Comment des phrases sans rythme et sans sonorité, sans métaphore et ne portant donc que sur le sens obvie, comment ces phrases, pauvres parce qu’elles n’apportent qu’une information univoque, ont-elles la moindre chance de toucher au corps ?
Est-ce vraiment au médecin-lecteur que nous devons demander de nous expliquer l’art et la manière de nous servir des livres ? Et peut-on raisonnablement penser que quelqu'un peut maîtriser l’effet d’un livre sur le lecteur ? Car tout principe actif est à la fois remède et poison… Sans parler du péril qui croît à la racine même de ce dangereux désir de diriger la lecture de l’autre, seul lieu de braconnage qui restait pourtant à nos pensées constamment surveillées par l’électronique ou par le politique !
Et puis, quel médecin inspiré prendrait le risque suicidaire de vous prescrire Etty Hillesum pour vous apprendre à vivre heureux en milieu hostile, ou bien la grande Colette pour vous accompagner sur ce chemin qu’on appelle le vieillissement, la Colette de La Naissance du jour, qui offre avec générosité les règles de son merveilleux « savoir-décliner », à la fois renoncement et renouveau face à la vieillesse ?
Quel psychologue ardent osera conseiller en cas d’asthénie la merveilleuse folie de Marina Tsvetaieva, qui s’était soignée toute sa vie aux vapeurs de la poésie, et avait bien pressenti son purgatoire : « A quoi sert tout mon travail de vingt ans, toute ma vie ? — A amuser les bien-portants qui s’en passent. »

A tout âge, la vie humaine est autocréation. Un être ne peut se comprendre, se libérer, répondre de soi que dans la mesure où il a conscience de se produire soi-même, où il se vit comme sujet de son existence. C’est pourquoi la lecture est hautement réparatrice. Quand la biomédecine fait de vous un corps-machine qui ne fonctionne plus et vous plonge dans le noir, quand vous êtes réduit à un corps suspect et brutalement exclu du monde par ces expériences intimes que sont le vieillissement ou la solitude, qui isolent et terrifient, la lecture est là pour vous réinsuffler du souffle, du désir et du sens.
Jusqu’au bout, en tout cas tant que la douleur peut être tenue en respect, la littérature vous relie à la communauté des très grands vivants, que vous soyez lecteur ou écrivain-lecteur.
Certaines lectures raniment. Certains écrits raniment.
Dans la détresse physique, le handicap ou la grande vieillesse, le livre permet d’élaborer ou de restaurer un espace à soi. Contre la passivité et la perte d’autonomie, misons sur la lecture pour sauver à la fois la littérature et nos têtes… à charge pour nous, écrivains, de prouver chaque jour que la littérature peut toucher au corps !"

© Régine Detambel


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The Fine Books Blog
Bibliotherapy - The Healing Power of Books

BY BARBARA BASBANES RICHTER

Talk therapy is nothing new, but how about bibliotherapy? I’m not talking about self-help publications, but rather using literature as a means to physical and psychological salvation. And really, who else but the French, the beneficiaries of a literary patrimony that dates from the 9th century, would be at the vanguard of such a movement.

Régine Detambel, award-winning author of more than thirty books and a Chevalier of Arts and Letters, is also a licensed physiotherapist, and maintains that bibliotherapy, in some form or another, dates back to antiquity. Many of her books (La Splendeur, Opéra sérieux, Son corps extrême,) explore the aging process and how to live (and die) with grace. As a writer and as a physiotherapist, she is a healer with her hands, and Detambel believes that literature can be found everywhere - in the air we breathe, in our bodies, and in the various liminal moments of our lives (birth, marriage, death). “Everything is literature if we know where to look,” Detambel graciously wrote to me, explaining bibliotherapy in detail: “I didn’t create bibliotherapy. It existed in ancient Greece and Rome, and was revived after World War I to heal soldiers who had experienced psychological trauma at the front.” Poetry and literature became part of her “creative bibliotherapy” (bibliocréativité as Detambel coined it), and has found immense success and personal satisfaction through her efforts. “I think that working with the energy of an author, with poetry and metaphor, with stylistic and textual arrangements and so forth is extremely effective to revitalize the psyche,” Detambel continued. “We are all beings of language, and so it is necessary to move and to shift the language that resides within us so that our efforts are rewarded positively.” 

Detambel has played with the idea of bibliotherapy for as long as she has put pen to paper, but it was after writing a short story about skin (Petit éloge de la peau, Folio, Gallimard, 2006) that she recognized an analogy between skin and paper. “Books are caresses, in the strongest sense of the term!” she wrote. Hosting daylong seminars from her hometown nestled in the southern region of Languedoc-Roussillon, Detambel teaches aspiring bibliotherapists -- nurses, doctors, psychologists, booksellers and librarians -- how books can help people better understand themselves and to reconnect with the world. “There’s more to bibliotherapy than just handing a book to someone and leaving them alone. There’s a certain rapport between the text and the body that must be considered too. Even before one’s eyes settle on the text, we must consider body posture, breathing, voice, and other physical considerations. I teach my trainees how to renew the dialogue between words and the body.”

Some of Detambel’s most rewarding work happens at retirement facilities, where she meets people whose psyches are often “abandoned, because culture is so rarely allowed to pass through the doors of establishments set up for the elderly,” she explained. “I don’t want these people to be left without words that could help them reestablish contact with their internal world. These people live in a sterile, naked, even cruel world. And unfortunately, they’re not alone.” Books themselves aren’t the cure, but they can be part of a curative program where literature nourishes the body, mind, and soul.

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Magazine Sciences Humaines, Numéro spécial "Le pouvoir de la littérature", janvier 2020, voir l'article de Régine Detambel, "Littérature, remède à nos douleurs".

Canal+, Le Grand Journal, avril 2015, 
par Augustin Trapenard.
TF1 (5 avril 2015).
La Grande Librairie, France 5,
16 avril 2015.
France Inter (L'Heure des rêveurs,
de Zoé Varier, 17 avril 2015).
Lire (avril 2015), Livres Hebdo (19 mars 2015)…
Micmag.net, "Les récits ont ce pouvoir étonnant", avril 2015.
L'Express, 29 avril 2015.
Le Monde, le feuilleton d'Eric Chevillard, avril 2015
Télérama, juin 2015.
La Bibliothèque Médicis, LCP, 3 juillet 2015.
La Grande Librairie, France 5, 28 mai 2015, visionner ici.
Sciences Humaines, n° 273, juillet-août 2016, Les pouvoirs de l'imaginaire. La littérature aide-t-elle à vivre ? par Héloïse Lhérété.


Pas la peine de crier,
 une émission de Marie Richeux, sur France Culture, 30 mai 2012

"Après l’émission Pas la peine de crier du 30 mai 2012, sur France Culture, Régine Detambel a bien voulu poursuivre la discussion hors antenne mais bien en ligne. Son travail d'écrivain, nous dit-elle, est d’opérer « la synergie entre le corps, la voix et la littérature dans ce qu’elle a de plus corporel ». Kinésithérapeute de formation, elle intervient régulièrement sur la pratique de la bibliothérapie." (Cyril Baert & Marie Richeux, France Culture, Post-Auditum)

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La Dépêche du Midi,
26 octobre 2012

Tarbes. Comment les livres prennent soin de vous ?
L'écrivain Régine Detambel a donné une conférence sur les vertus thérapeutiques de la lecture et de l'écriture.
« Un bon livre est un livre qui vous comprend et sait nommer ce qui vous arrive. » Régine Detambel est un écrivain du sensible, convaincue que le lecteur ou l'auteur entretient un lien physique avec le livre ou l'acte d'écrire. « Peu de gens savent que les livres soignent. Pourtant, ils ont le pouvoir de vous soigner par le sens de leur histoire, la mélodie et la musicalité de leurs mots, le toucher sensuel du papier. » Auteur d'une quarantaine d'ouvrages, cette ancienne kiné a décidé de faire partager son expérience au plus grand nombre. Dans le cadre de la Quinzaine littéraire et artistique de l'Atelier imaginaire, elle a donné une conférence sur le thème « Comment les livres prennent soin de nous », au lycée Théophile-Gautier. Ce qu'elle nomme avec justesse la « bibliothérapie » est un traitement naturel qui peut avoir des effets secondaires : celui de fuir nos existences étriquées et toutes tracées vers des horizons insoupçonnés. Les médecins se nomment Ernest Hemingway, Colette, Camille Laurens et Kenzaburô Oé et leur ordonnance se lit sur des centaines de pages, sans prescription de doses. La littérature est un remède universel.
C. M.

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La Grande Librai
rie, une émission de François Busnel, 13 février et 29 mai 2014

L'écrivain et bibliothérapeute Régine Detambel parle de ses ouvrages et de sa conception de la "bibliothérapie".

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Entretien avec Lauren Malka, pour MyBoox.fr, 19/05/2014
Régine Detambel "Les livres soignent"

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Entretien avec Marie Torres pour MicMag.net, 3 juin 2014
"Nous avons besoin du récit pour vivre !", juin 2014.

Auteur de plusieurs romans et d’un essai sur la vieillesse, Régine Detambel, née en 1963, est aussi kinésithérapeute de formation et bibliothérapeute, une thérapie qui vise à soigner par la lecture… Rencontre et explications.
Micmag.net : Vous êtes romancière, kinésithérapeute mais aussi bibliothérapeute. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette thérapie ?
Régine Detambel : Peu de gens savent que les livres soignent. Pourtant, ils ont le pouvoir de nous soigner par le sens de leur histoire, la mélodie et la musicalité de leurs mots, le toucher sensuel du papier… Depuis toujours, les récits ont ce pouvoir étonnant, dans les mouvements de la lecture ou de l’écriture, d’arracher à soi-même et à sa douleur, en proposant des fictions enveloppantes et du sens toujours renouvelé.

M : Comment expliquez-vous ce processus ?
R.D. : Nous avons besoin du récit pour vivre, nous avons besoin d’une « régurgitation linguistique de notre expérience » comme le dit Pascal Quignard. La nécessité du récit est la spécificité de l’humain. Tout ce qui est humain circule en nous et se transmet par des histoires, des mythes et des légendes qui, avec les contes, participent de cette tradition orale où se dit le secret de la naissance et de la mort en une parole que seul l’inconscient peut entendre.

M : L’histoire doit être « belle » pour faire du bien ?
R.D. : Non, pas nécessairement car le « beau » est culturel, dépend des modes ! En revanche il faut une œuvre de fiction magistrale, bourrée de rythmiques revigorantes, d’une multiplicité de sens feuilletés et de métaphores caressantes. Les grands livres sont de puissantes panacées.

M : Comment pratiquez-vous ?
R.D. : Pendant cinq années, j'ai initié de nombreux bibliothécaires à la bibliothérapie, mais je souhaite maintenant former individuellement des personnes très motivées qui pourront alors ouvrir leur atelier de bibliothérapie dans leur établissement, ou bien transmettre cette pratique à d’autres. Aujourd’hui je ne m’adresse plus seulement à des bibliothécaires, mais j’ouvre ma formation aux animateurs, psychologues, professions liées au soin, enseignants, libraires, lecteurs convaincus...
 La formation consiste en une journée de travail. La matinée est consacrée à la théorie, et l’après-midi à la pratique.

M : Délivrez-vous des « ordonnances » ?
R.D. : A l’inverse des bibliothérapeutes anglo-saxons, je me méfie un peu des textes prescrits. J’aime que les patients-lecteurs cherchent eux-mêmes les ouvrages qui leur parleront profondément, mais je peux les mettre sur la piste en lisant des extraits par exemple.

M : Quels sont les motifs de consultation les plus courants ?

R.D. : Le manque de sens dans la vie est un des signes d’appel récurrents. Mais tout est du ressort des livres, du chagrin d’amour au sentiment de perte d’estime de soi. Je donne souvent l’exemple de Philippe Forest ou de Camille Laurens, sauvés par la littérature après la perte de leur enfant.

M : Que pensez-vous des ouvrages de « Développement personnel » ? Peuvent-ils être « prescrits » en accompagnement d’un bon roman ?
R.D. : Je n’aime pas du tout ce type d’ouvrages qui ne parle pas à l’inconscient et assène des conseils d’hygiène de vie, sans aucune figure de style ni aucun souci esthétique. Or ce sont précisément les figures de style qui parlent à l’inconscient, surtout la métaphore, évidemment !

M : Mais pour vous la littérature ne guérit pas seulement « l’âme » : dans plusieurs de vos ouvrages vous évoquez la guérison des corps – Corps extrême, Opéra sérieux -, la vieillesse aussi avec Syndrome de Diogène, éloge des vieillesses

R.D. : Vous savez, le corps et l’esprit ne sont qu’une seule et même entité. Les livres parlent au corps aussi ! On dit que la lecture à haute voix fait autant de bien qu’une promenade en forêt.

M : On peut dire que la bibliothérapie est à consommer sans modération notamment en temps de crise où le moral est souvent en berne : elle aide à se sentir mieux, elle évite la prise de médicaments et, donc, contribue à réduire le déficit de la sécurité sociale… en contrepartie elle augmente notre propre budget « culture » ce qui rejoint tout à fait le raisonnement de Victor Hugo « En temps de crise, il faut doubler le budget de la Culture » !
R.D. : Oui, oui, c’est une conséquence des crises. Après les attentats du 11-Septembre, la vente de fictions a décuplé aux Etats-Unis ! Les gens se cherchent, cherchent un sens dans les bons livres !



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Voir la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=e6eGUUjKo7M

Lire & Relier
A l’initiative de Régine Detambel, écrivaine, bibliothérapeute et formatrice en bibliothérapie, un collectif d’artistes, comédien.ne.s, bibliothécaires, psychologues, journalistes, conteuses, art-thérapeutes..., partageant le goût des textes, s’est constitué dès le15 mars 2020, pour apporter des temps de lecture à voix haute et de conversation aux personnes de tous âges que le confinement angoisse et isole encore davantage.
L’action de Lire & Relier a débuté sous le nom de Coranalecteurs, dans des EHPAD et des établissements de Soins de Suite et Réadaptation et se poursuit maintenant dans diverses institutions de soin et aussi pour des particuliers isolés afin de les aider à traverser plus sereinement le temps du confinement.Plus que jamais, la voix nous relie.
Notre réseau de Lectrices & Lecteurs bénévoles se propose d’aider à résister à la perte de contact en offrant à chacun une voix bien vivante !La lecture à voix haute fait rejaillir des souvenirs et des sensations, réveille la capacité narrative, rassure, redonne le sourire, en favorisant le lien social. Nous nous adressons à chaque Auditrice & Auditeur en personne selon sa modalité technologique préférée : téléphone, Skype, WhatsApp... pour partager avec chacun.e une demi-heure d’échange faite de lecture et de réflexion créative, une à deux fois par semaine, selon les souhaits. Dans la mesure du possible, chaque Auditrice ou Auditeur est suivi par la même personne, créant ainsi un lien et un rendez-vous régulier pendant ce temps suspendu.

Après le déconfinement de la mi-mai 2020 et le retour des Bénévoles à leurs activités, Lire & Relier s'est professionnalisé et propose désormais des prestations de Bibliothérapie aux Ehpad et tous types d'établissements.